Herbert HAAG : LA QUESTION DE FOND : JESUS A-T-IL VOULU UNE EGLISE A DEUX CATEGORIES ? (chapitre II)

 

II

 

Jésus n’a pas voulu de prêtres.

 

 

1

L’image du prêtre selon l’Eglise.

 

L’image attachée au prêtre à notre époque est le fruit de nombreuses influences. Elle est avant tout le résultat de documents dogmatiques pontificaux et épiscopaux qui ont été ensuite remaniés dans des textes de spécialistes et de vulgarisation et transmis par la tradition et par la piété populaire.  Nous parlerons ici surtout de la source principale, limitée aux cents dernières années.

A l’exception de Benoît XV (1914-1922), qui s’est trouvé confronté lors de la première guerre mondiale à des nécessités plus urgentes[1], il n’y a eu dans notre siècle certainement aucun Pape qui n’ait manqué de produire un document dogmatique sur le sacerdoce ou adressé aux prêtres, ce qui atteste que le statut du prêtre a fait l’objet de soins particuliers de la part du gouvernement de l’Eglise. Certains de ces documents s’affichent comme doctrinaires, ainsi l’encyclique de Pie XI Ad catholici sacerdotii du 20 décembre 1935. D’autres sont d’un caractère ascétique et pastoral. Ils abordent essentiellement le style de vie des prêtres. C’est à ce groupe qu’appartiennent l’exhortation de Pie X adressée au clergé catholique en date du 4 août 1908 et portant sur les voies de la sancftification imposées au prêtre ; de même l’exhortation de Pie XII Menti nostrae du 23 septembre 1950 sur la vie des prêtres et le recrutement sacerdotal à notre époque et l’encyclique de Jean XXIII Sacerdotii Nostri primordia du 1er août 1959 présentant le curéd’Ars comme le modèle des prêtres[2].

C’est comme un mélange d’éléments doctrinaux et d’exhortations que l’on peut qualifier l’encyclique Sacerdotalis coelibatus de Paul VI datée du 24 juin 1967. Mais on est bien sûr tenté de voir dans ces exhortations des affirmations théoriques sous-jacentrs sur le sacerdoce.

Dans tout cela les arguments à l’aide desquels le sacerdoce est justifié et décrit restent les mêmes. Et c’est de là que partent les fausses pistes correspondantes. L’idée qui reste immuable, c’est que Jésus a institué lors de la dernière Cêne le sacerdoce de la Nouvelle Alliance et a consacré les apôtres à la prêtrise[3]. Et c’est ainsi que Pie XI justifie le sujet et la date de parution de son encyclique sur le sacerdoce dans “ l’année sainte ” qu’est 1933 en se référant au 19ème centenaire de l’institution du sacerdoce[4]. Cette même relation est établie également dans chacun des documents que le Pape Jean-Paul II adresse d’année en année le jeudi saint aux prêtres de l’Eglise[5].

Que nulle part dans tout le Nouveau Testament nous ne puissions lire que les apôtres aient jamais fait usage du pouvoir  sacerdotal qui leur aurait été conféré, personne ne semble s’en soucier. Et nous savons même avec certitude à propos de Paul qu’il a participé seulement à la cérémonie de la “ fraction du pain ” (Actes, XX,7). Mais a-t-il présidé la célébration eucharistique, la question reste ouverte[6].

 

En ne faisant aucune différence entre les “ douze ”, les disciples et les apôtres, on limite en conséquence aux prêtres les propos tenus à l’adresse des disciples. Ainsi pour la parole prononcée devant les soixante-dix disciples “ La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Demandez donc au maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson” (Lc, X,2), c’est tout naturellement aux prêtres que l’on pense[7].

Et tout aussi naturellement c’est en fonction des prêtres que la parole suivante est adressée aux disciples envoyés en mission : “ Qui vous écoute m’écoute, qui vous méprise me méprise ” (Lc, X,16)[8]. Et de ce que Jésus a dit en parlant aux apôtres : “ Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis, ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus ” (Jn, XX,23) on déduit “ C’est pourquoi les prêtres sont par la volonté du Christ les seuls habilités à donner le sacrement de la réconciliation ”[9].

 Sur ce fondement repose un autre élément propre à l’image traditionnelle du prêtre : il est un élu, un être mis à part et placé au-dessus des autres hommes. C’est à peine s’il est encore un disciple,  il devient littéralement un autre Christ : Sacerdos alter Christus – c’est là un slogan courant dans le vocabulaire catholique : “ Le clerc doit être considéré comme un homme du sexe masculin qui a été séparé du peuple, chargé d’une manière unique de missions supérieures, qui participe d’un pouvoir divin ; en un mot : c’est un second Christ ”[10].  On aime particulièrement citer dans ce contexte He V,1 : “ Tout grand-prêtre, en effet, pris d’entre les hommes, est établi pour intervenir en faveur des hommes dans leurs causes concernant Dieu ”. Que la référence à ce texte est ici déplacée, c’est ce dont personne ne se choque. D’une part c’est du grand-prêtre juif qu’il est ici question, de l’autre il n’y a justement aucun écrit du Nouveau Testament qui se prononce d’une manière aussi nette que la Lettre aux Hébreux  contre l’idée d’un sacerdoce chrétien (voir ci-dessous p. *** et suiv.).

Cependant les choses vont plus loin. Pris parmi les hommes, établi pour les hommes, le prêtre est appelé à servir d’intermédiaire entre Dieu et les autres hommes. Le ministère sacerdotal fait “ du prêtre le médiateur entre Dieu et les hommes ”[11]. On appuie cette assertion sur le texte de l’Ecriture 1 Tm II,5 : “ Car Dieu est unique, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même ”. Au lieu d’en déduire qu’en dehors de Jésus Christ, homme lui-même, il ne peut y avoir d’autre médiateur, c’est le contraire qui en est conclu : le rôle de médiateur propre au Christ est attribué  au prêtre qui est un “ second Christ ”. C’est pourquoi le sacrement de l’ordination imprime au prêtre une marque indélébile (character indelebilis). “ Il ne pourra jamais effacer cette marque de son âme, même dans les égarements les plus regrettables auxquels il peut succomber en raison de la faiblesse humaine. ”[12]. Néanmoins on cite ici un passge de l’Ecriture qui ne répond pas à ce critère. C’est l’annonce que David adresse après la prise de Jérusalem au prêtre des Jébusites qu’il intègre au service de Jahwe : “ Tu es prêtre à jamais selon l’ordrede Melchisédech ” (Ps 110, 4). Et l’image du prêtre se trouve renforcée par une limitation supplémentaire qui fait de toute infraction du prêtre à “ la vertu de chasteté ” un sacrilège[13].

Le transfert de paroles bibliques relatives au sacerdoce juif d’Israël et appliquées à la prêtrise dans l’Eglise est non seulement faux du point de vue de l’histoire religieuse, illogique intellectuellement et insoutenable comme méthode. Il est la cause de toute l’évolution erronée dont nous devons souffrir jusqu’à aujourd’hui. Car il s’appuie par exemple sur l’idée toute naturelle que Jésus a voulu un tel sacerdoce et méprise totalement de la sorte l’attitude de refus que Jésus a opposée au sacerdoce du temple (voir plus loin). On a pu en arriver alors ainsi à l’idée que le sacerdoce de l’Ancien Testament a joué tout simplement un rôle de modèle pour la prêtrise chrétienne. Certes, Pie XI fait l’éloge du temple et du culte d’Israël, en affirmant que “ dans son souci Dieu a voulu imprimer à l’esprit encore informe du peuple juif une grande idée fondamentale qui devait faire rayonner sa lumière dans l’histoire du peuple élu sur la totalité des événements, des lois, des titres portés et des ministères exercés : celle du sacrifice et du sacerdoce ” ; mais il n’hésite pas à ajouter comme restriction : “ Pourtant ce sacerdoce ancien doit la noblesse de sa majesté et de sa splendeur uniquement au titre de modèle pour le sacerdoce chrétien, le sacerdoce de l’Alliance Nouvelle et Eternelle .”[14]

Le titre honorifique et officiel de “ berger ” et de “ pasteur ” repose lui aussi en dernier ressort sur un modèle biblique. Dieu est le berger d’Israël (Ps LXXX,2 ; Is 40,11 et suiv.), et c’est ainsi que dans le Nouveau Testament le souci que Jésus prend des siens est décrit à l’aide de l’image du berger (Jn X). De la sorte on a été tenté d’adopter cette dénomination également pour les prêtres. Néanmoins on ne peut qu’être surpris en voyant, dans des temps encore très récents , - à l’époque des laïcs ! – un document romain prescrivant que le titre de “ pasteur ” soit exclusivement réservé aux prêtres. C’est le “ sacerdoce ministériel du presbytre ”, “ auquel en raison de la consécration sacerdotale reçue de l’évêque, la dénomination de pasteur au sens propre et figuré peut être réservée ”[15]. Que pourront en penser surtout dans les pays de mission les laïcs qui, depuis 150 ans ont réalisé presque à eux seuls tout le travail de pasteurs ?

Comme il fallait s’y attendre, cette vision de la prêtrise se reflète également dans la littérauure spirituelle. Et ce qui surprend aussi constamment ici, c’est qu’on ne remet pas en question l’institution du sacerdoce par Jésus ni même le transfert incontesté de la personne de Jésus à celle du prêtre, le passage des actions de Jésus à celles du prêtre. Un classique de l’époque où je faisais mes études était une série de conférences publiées sous le titre “ Le Sacerdoce ” (1934), un ouvrage marqué par une haute responsabilité et une riche expérience, dont l’auteur W. Stockum, évêque auxiliaire de Cologne, fut longtemps directeur du “ Collegium Leoninum ” à Bonn. On y lit que le sacerdoce ecclésial, tout comme l’Eglise, n’a pas dû sa naissance à des nécessités temporelles et terrestres mais “ a eu une origine directement divine ”. “ C’est le Christ lui-même, le Fils de Dieu, qui l’a suscité et qui l’a implanté dans le monde… Lui seul est le fondateur et l’artisan du sacerdoce dans le Nouveau Testament. ”[16] Il a bien sûr renoué avec des éléments préexistants, surtout avec le sacerdoce d’Israël. Mais “ il a abrogé fondamentalement et pour toujours tout le culte sacrificiel de l’Ancien Testament et mis à la place des sacrifices exemplaires qui avaient accompli leur mission un sacrifice nouveau et perpétuel, dont il confia l’accomplissement à des prêtres nouveaux, appelés par lui ”[17].

Conformément à la théologie de cette époque le prêtre est également ici un alter Christus. ” Tout comme dans son essence supérieure, le prêtre n’est, dans son engagement aussi,  rien d’autre qu’un second Christ. ”[18] On ne doute pas que les paroles du Sermon sur la Montagne comme “ Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la Lumière du monde ” (Mt V,13,15) soient adressées aux apôtres et de la sorte aux prêtres.[19]

C’est un accueil un peu plus critique que pour le “ Sacerdoce ” de Stockum et pour d’autres précis et appels de ce genre nourris de bonnes intentions, que nous avons réservé déjà à cette époque à une glorification mûe par un enthousiasme sentimental aux accents proprement ronflants, élevant  le prêtre à une réalité désincarnée. A titre d’exemple affreux nous citerons Georg Thurmair :

 

        “ Je voudrais être un prêtre consacré à Dieu :

        Porter des vêtements qui font de moi un saint,

        Parler avec les mots que remplit son Esprit,

        Prier avec les mots qui transforment le pain

        Offrir les oblations que sa grandeur accepte.

 

        Je voudrais être un prêtre consacré à Dieu :

        Et sur la création répandre ses bienfaits,

        Vivre de son Amour, être là pour les foules,

        De ces foules porter le souci, la prière,

        Et vivre de la Foi et brûler pour ces gens.

 

        Je voudrais être un prêtre consacré à Dieu :

        Sonner toutes les cloches, que les clochers en tremblent,

        Et allumer un feu qui embrase le ciel,

        Ouvrir ainsi les portes aux termes des chemins

        Et puis me consumer pour que l’humanité croie ”.[20]

 

Mais bien sûr, au fur et à mesure que le sacerdoce s’est trouvé plongé à notre époque dans la crise, les propos sur la prêtrise sont devenus plus réservés. Les sujets abordés portent de plus en plus sur les questions qui se posent encore au caractère du prêtre de notre temps, au sens que l’on peut donner à la condition de prêtre, à la manière de la vivre face aux mutations des conditions sociales. Bernhard Häring se demande : De quels prêtres avons-nous besoin ? Le type de prêtre d’aujourd’hui a-t-il encore un avenir quelconque ? Selon Häring la crise actuelle du clergé réclame pour lui “ une nouvelle croissance, un approfondissement et une mutation ”.[21] Cependant c’est à peine si dans des réflexions de nature identique ou semblable on remet en question la structure présente de l’Eglise. Mais Häring admet quand-même : “ L’Eglise des premiers siècles ne connaissait… de ‘clergé’ ni comme expérience concrète ni comme notion abstraite ”[22]. Il explique la formation de catégories sacerdotales “ qui se distinguent du peuple ordinaire de l’Eglise ” par le péché lié à l’ère constantinienne, d’autant plus que, “ dans les Evangiles et dans les letrres authentiques des apôtres Jésus n’est jamais appelé prêtre ou même ‘grand-prêtre’ ”.

Aussi Häring évoque également la possibilité données aux “ hommes âgés ” d’assurer “ la fonction de présidents à la célébration de l’Eucharistie ”. “ On n’a pas besoin d’être un prophète ou un visionnaire pour prédire que l’Eglise saisira cette chance.Mais on ne peut prédire tout le dommage que l’Eglise s’infligera à elle-même et à sa mission avant que les instances suprêmes de son gouvernement prennent connaissance de cette situation. ”.[23]

Ce qui compte c’est de fonder et d’approfondir cette vue à l’aide d’arguments exégétiques et historiques. Et l’on remarquera surtout ici que c’est non pas une consécration mais une mission qui a été d’abord et durant deux cents ans le critère déterminant pour la présidence de la célébration eucharistique et qu’il est impossible de déceler avant le Vème siècle un sacrement de l’ordre – qui, s’il est bien un sacrement, aurait été nécessairemnt institué par Jésus-.

 

 

 

 

 

 

2

 

Le sacerdoce juif à l’époque de Jésus.

 

La crise du sacerdoce et des fonctions de gouvernement dans l’Eglise se fait sentir de nos jours jusque dans la plus humble des paroisses. Les fidèles sont confrontés à l’ image d’une Eglise en proie à des difficultés profondes. Le manque de prêtres, des paroisses sans célébration eucharistique, le célibat, l’ordination des femmes caractérisent les problèmes qui déterminent, sinon à eux seuls du moins dans une large mesure, cette situation, et sur lesquels on ne se lasse pas de discuter, avec un succès toutefois bien modeste. Il semble bien que la question essentielle et fondamentale n’est nullement prise en compte. Dans une mesure croissante des “ laïcs ” sont aujourd’hui engagés dans un servcice pastoral qui a fréquemment la même valeur que le gouvernement d’une paroisse, alors que par ailleurs ils ne peuvent assumer la mission centrale qui revient au responsable paroissial suprême et qui est la célébration de l’Eucharistie. “ Mais pourquoi donc – demande-t-on constamment – ne donne-t-on pas à ceux qui assument de fait dans les paroisses les fonctions de dirigeants dans la plupart de leurs aspects et qui ont pour une grande part fait également leurs preuves dans ce domaine, la consécration à la prêtrise qui en fera des responsables paroissiaux pleinement valables ? ”[24]. Et l’on répond : cela contredirait les consignes du Concile[25]. Ce qui signifie pratiquement : la paroisse recevra soit un responsable ordonné qui rendra possible l’accès à l’Eucharistie, soit un responsable non ordonné, ce qui la contraindra à renoncer à célébrer régulièrement l’Eucharistie. Que l’Eglise ait connu dans son histoire des solutions différentes, mieux légitimées par le Nouveau Testament et qui s’imposent de fait impérieusement dans l’actuelle situation de pénurie aigüe, cela ne semble pas intéresser les évêques. Ce qui compte pour eux avant tout, c’est “ une formule rénovée du ministère du prêtre ”[26]. Mais on peut garder confiance : “ Nous pourrons confier sans crainte la prochaine mesure qui s’impose à l’Esprit de Dieu qui continue de nous guider. ”[27]

 

Le sacerdoce de l’Eglise chrétienne qui est ici en discussion s’enracine dans celui du monde juif d’Israël. Sa différence la plus éclatante avec ce dernier est qu’il n’offre plus de sacrifices sanglants. Certes, depuis la fin de l’exil à Babylone (environ en 500 av. J.-Ch), c’est la Synagogue qui était devenue le lieu de la prière, de la lecture des Ecritures et de l’enseignement. Depuis cette époque elle a été le support du monde juif aussi bien dans la mère-patrie d’Israël que dans la diaspora répandue dans l’univers. Toutefois c’est le Temple de Jérusalem qui est resté le centre religieux du peuple. Il était le but des pélerinages, surtout lors des grandes fêtes, de la Pâque, de la fête des Tentes et de la fête des Semaines, et non seulement pour les fidèles résidents à proximité, mais aussi pour les Juifs pieux venus du monde entier. C’est au Temple qu’on enseignait la théologie, c’est là qu’était célébré le culte qui soutenait la vie du peuple.

Ce culte était marqué par une hiérarchie rigide ; à sa tête se trouvait le grand-prêtre dont dépendait tout l’accomplissement du culte. Il était l’unique mortel qui avait le droit, un seul jour par an, le grand jour de la Réconciliation (jom kippur), de pénétrer dans la pièce obscure située à l’arrièredu Temple, le “ Saint des Saints ”, et qui était de la sorte jugé digne d’avoir une relation directe avec Yavhé. Il devait y prier seulement brièvement pour que le peuple ne soit pas saisi de crainte, pensant qu’il pourrait lui être arrivé malheur[28]. En outre le grand-prêtre présidait le Grand-Conseil, le Sanhédrin, et exerçait de la sorte par sa fonction une influence politique. Il appartenait au parti des Sadducéens.

Il était assisté des prêtres “ ordinaires ”. Ceux-ci pouvaient pénétrer dans les pièces antérieures du Temple, le “ sanctuaire ”, où ils brûlaient de l’encens deux fois par jour. Dans le parvis des prêtres où se trouvait l’autel réservé aux holocaustes, ils offraient en sacrifice les animaux et les aliments. Le servicedes prêtres n’était pas une fonction statutaire. Ils exerçaient une profession profane, car ils ne devaient assurer leur présence au Temple que deux fois par an pendant une semaine[29]. 

Un troisième groupe appartenant au personnel du Temple était constitué par les lévites. Tous les service annexes du culte incombaient à leur responsabilité : la surveillance des portes, le service d’ordre, les chants et la musique. Eux aussi avaient, comme les prêtres, leurs semaines de service. On suppose que 300 prêtres et 400 lévites étaient requis par jour, si bien que l’on compte en tout 7.200 prêtres et 9.600 lévites[30].

Il n’est pas nécessaire de mentionner que la boucherie à laquelle on se livrait dans le Temple était écoeurante au plus haut point et dégageait une puanteur épouvantable qui était neutralisée par l’encens (comme c’est encore aujourd’hui fréquemment le cas en Orient). Et l’horreur atteignait certainement son comble surtout quand on abattait les agneaux à la Pâque et que les prêtres pataugeaient alors jusqu’aux chevilles dans le sang[31]. Et même si le chiffre de 250.000 têtes de bétail sacrifiées qui est avancé par Flavius Josèphe paraît nettement exagéré, nous pourrons bien compter avec plusieurs dizaines de milliers de victimes. De la sorte le Temple ressemblait plus à un abattoir qu’à une maison de prières.

 

Toutefois ce ne furent pas les sacrifices sanglants comme tels qui provoquèrent le violente critique des prophètes contre le culte. Ils condamnèrent bien plutôt la discordance opposant un culte aux rites scrupuleusement réglés, destiné à satisfaire les “ devoirs religieux ”, à la justice et à l’amour du prochain qui étaient exigés. Lorsque le prophète Amos (environ en 750/740 av. J.-Ch.) fait dire à Yavhé : “ Je hais, je méprise vos fêtes et je ne peux pas sentir l’odeur de vos célébrations. Car lorsque vous m’offrez des holocaustes, vos dons ne me procurent aucun plaisir, et je ne regarde pas le sacrifice des veaux gras que vous m’offrez ” (Am V, 21 et suiv.), c’est sur le mot “ vos ” que porte l’accent : c’est l’attitude intérieure qui compte. La conduite de ceux qui offrent des sacrifices est un obstacle au plaisir que Dieu y trouve. Au lieu de celà, il souhaite “ que le Droit abonde comme les flots, et la Justice comme un torrent intarissable ” (v. 24). Et lorsqu’ensuite un rédacteur ultérieur pose la question pressante : “ M’avez-vous offert des sacrifices d’animaux et des oblations au désert pendant quarante ans, Maison d’Israël ? ” (v. 25), c’est bien la preuve que dès le Vème siècle avant Jésus-Christ on remettait en cause les sacrifices d’animaux et qu’on était en présence d’une évolution qui avait reçu une impulsion décisive à l’époque de l’exil à Babylone, en l’absence du Temple.

Et c’est bien cette mutation qui est essentielle : l’abandon des sacrifices d’animaux et l’adoption d’une attitude fondée sur une responsabilité éthique. Et c’est ainsi que le pasume 50 (v.7-15) condamnant encore plus durement qu'Amos les sacrifices sanglants d'animaux (“ Dois-je manger la viande des taureaux et boire le sang des boucs ? Offre à Dieu le sacrifice de ta louange ” v. 13), des affirmations comme celles du psaume 40 (v. 7-9 : “ Les sacrifices sanglants et l’offrande d’aliments ne te plaisent pas, mais tu m’as ouvert l’oreille… et ma joie est d’accomplir ta volonté, mon Dieu, et je porte ta Loi dans mon cœur ”), celles du psaume 52 (v. 18 et suiv. : “ Tu ne désires pas des sacrifices sanglants et tu ne trouves aucun plaisir aux holocaustes. L’offrande qui plaît à Dieu c’est un cœur contrit ”.), et de même celles du psaume 69 (v.31 et suiv. : “ Je veux célébrer le nom deDieu par mon chant, l’exalter par mon hymne de louange. C’est ce qui plaira plus à Yavhé que des bœufs, des taureaux pourvus de cornes et de sabots ”), c’est ainsi que tout cela témoigne du pressentiment d’un service divin en esprit et du désir ardent de sacrifices offerts par le cœur et les lèvres.

Il y avait donc, chez ce peuple juif, une tradition ancienne et une conscience assez profondément ancrée. Et c’est à elles que Jésus pouvait se référer en rejetant les sacrifices du Temple. “ C’est la miséricorde que je veux, et non des oblations ” - cette citation de Osée (6, 6) que l’on trouve même par deux fois chez Mt (9,13 ; 12,7) qui avait pourtant une prédilection pour la loi et pour les sacrifices, caractérise le déplacement opéré par Jésus depuis la sphère cultuelle vers celle de la morale.

A quel point cette conscience s’était déjà implantée dans l’environnement juif de Jésus, c’est ce qu’ont montré d’une manière impresionnante les textes de la communauté essénienne de Qumran. Son fondateur semble avoir été un prêtre du Temple de Jérusalem. Ainsi la communauté de Qumran avait-elle une hiérarchie rigide conçue sur le modèle du Temple. Les prêtres y occupaient une place privilégiée, les lévites leur étaient subordonnés, suivis des autres membres de la communauté (la “ multitude ”). Mais le groupe avait rompu le lien avec l’ancien Temple, parce qu’il était à ses yeux administré par des prêtres indignes. Et c’est pourquoi la communauté est parvenue à une interprétation nouvelle et révolutionnaire du Temple. C’est elle-même qui est le sanctuaire de Dieu, elle est une “ maison sacrée pour Israël et une communauté autour du Saint des Saints pour Aaron ” (1QS 8,5 et suiv. ; cf. 9,6).

Ce transfer de l’interprétation du Temple à la communauté a préparé le terrain à l’idée attestée dans les épitres de Paul ou d’inspiration paulinienne (1 Co, 3,16 et suiv. ; 2 Co 6,16 ; 1 Co, 6,19 ; Ep 2,19 et suiv. ; 1 P 2,4 et suiv. ; 1 Tm 3,15), et selon laquelle la communauté chrétienne est le Temple de Dieu. “ La réinterprétation chrétienne du Temple a été…, telle une idée déjà annoncée, une reprise empruntée à la communauté de Qumran.[32]. Et en conséquence le sacrifice qui est offert dans ce Temple est d’une nature toute différente. L’expiation des fautes d’Israël n’est pas réalisée dans le sacrifice “ de viandes d’holocaustes et de graisses d’animaux sanglants ”. C’est bien plutôt “ le sacrifice qui monte des lèvres selon la prescription, tel un parfum de justice et une conduite parfaite, un sacrifice consenti librement qui plaît à Dieu ”. (1 QS 9,4 et suiv.). On est ici surpris de voir avec quelle netteté la communauté s’appuie sur la critique opposée au culte par les prophètes et s’inscrit ainsi dans une tradition séculaire[33] Et c’est une exhortation semblable qu’exprime aussi plus tard l’Epitre aux Hébreux : “ Offrons à Dieu en tous temps le sacrifice de louange, le fruit de nos lèvres qui célèbrent son nom ” (13,15).

Bien qu’elle soit dûe à une situation imposée par la nécessité, cette mutation dans l’interprétation donnée au culte par la communauté du Qumran, cette substitution du sacrifice de louange et de la conduite droite au sacrifice du Temple est devenue un événement unique dans l’histoire des religions.  Elle allait acquérir une importance insoupçonnée ; et cela grâce à la confirmation qu’allait lui donner Jésus pour la jeune Eglise, grâce aussi à la destruction du Temple pour le monde juif.

 

 

3

 

Jésus et le Temple.

 

D’après l’Evangile de Jean Jésus s’est rendu, lors des fêtes de pèlerinage, cinq fois au Temple : trois fois lors des célébrations de la Pâque (2, 13.23 ; 6,4 ; 11,25 ; 12,1), lors d’une fête des Tentes (7,2) et pour une autre fête (5,1)[34]. Cela semble être la preuve d’un zèle ardent qu’il vouait au Temple, mais ce n’est en réalité même pas un minimum. Car tout homme d’âge adulte – et c’est jusqu’à nos jours le cas des Juifs à partir de 13 ans accomplis – était obligé de se rendre en pèlerinage trois fois par an à Jérusalem : à la fête de la Pâque, à la fête des Semaines (de la Pentecôte) et à la fête des Tentes (Ex 23,17 ; 34,23 ; Dt 16,16) : “ Trois fois par an tout homme du sexe masculin devra… paraître… devant Yavhé. Et il ne faut pas se présenter les mains vides ”.) Jésus ne semble pas s’être tenu à cette prescription, du moins ce n’est pas mentionné dans les Evangiles.

Toutefois ce n’est pas la fréquence avec laquelle Jésus s’est rendu au Temple qui nous intéresse. Plus important encore est ce qu’il y faisait. La prescription selon laquelle “ on ne doit pas se présenter devant Yavhé les mains vides ” (Dt 16, 16, cf. Ex 23,15 ; 34,20) a été interprétée à l’époque de Jésus comme l’offrande d’une double oblation par le pèlerin : un holocauste (colah holocaustum) pourDieu (bœuf, chèvre, mouton…) et le sacrifice d’un repas (schelamim) qui devait être pris lors d’un festin par lui et sa famille. Les animaux qui allaient être sacrifiés devaient être remis sur le parvis des hommes au prêtre tandis que le sacrificateur devait appuyer fortement les mains sur l’animal[35]. Nul part il n’est dit que Jésus s’est soumis à ces rites et jamais nous n’apprenons qu’il a participé à un office religieux au Temple. On peut présumer que c’est une simplification excessive de prétendre que cela allait sûrement de soi pour un Juif “ pieux ”[36]. Nous ne connaissons pas non plus son attitude envers la Pâque. Les spécialistes d’exégèse discutent pour savoir si la dernière Cène a été un repas de Pâques ou un simple repas d’adieu. C’est la seconde hypothèse qui apparemment est la plus vraisemblable[37].

Jésus semble avoir eu des rapports très distendus avec la classe sacerdotale. C’est une critique nette des prêtres et des lévites qui s’exprime dans la parabole du Bon Samaritain (Lc 10,30 et suiv.). Et la consigne donnée aux lépreux guéris de se montrer aux prêtres (Mc, 1, 40-44 ; Lc 17,12-19) ne permet pas d’en déduire qu’il ait reconnu le Temple et ses prêtres, car ces derniers avaient vis-à-vis des lépreux des fonctions juridiques et ce n’est que par leur verdict que la mise à l’écart hors de la société dont les lépreux faisaient l’objet pouvait être levée[38].

Enfin il ne faut pas oublier les menaces de Jésus à propos de la destruction imminente du Temple. Elles nous sont transmises dans le Nouveau Testament sous six formes différentes. C’est ce qui montre leur valeur historique mais ce qui rend en même temps impossible d’en établir le texte original (Mc 17,2 ; 14,58 ; 15,29 ; Mt 21,61 ; Ac 6,14 ; Jn 2,19)[39].

Lorsque Jésus annonce qu’il rebatira le Temple détruit en trois jours[40], cela ne peut signifier autre chose que la fin irrévocable du Temple de Jérusalem et de toute forme de temple terrestre , et non seulement du Temple comme édifice, mais aussi dans les fonctions que Jésus lui connaissait. Les hommes n’ont plus besoin de cette forme de temple. Celui que Jésus met à la place n’est pas “ bâti de mains d’homme ” (Mc 14,58), il est d’une nature toute différente. Dans les Evangiles, c’est Jean qui souligne le plus fortement cet aspect, non sans annoncer l’office religieux chrétien et l’Eucharistie : “ Mais lui, parlait du sanctuaire de son corps ” (2,21). Bien que l’idée de la communauté comme réprésentation du Temple de Dieu fût connue de l’Evangile de Jean, c’est donc ici le corps de Jésus qui est interprété comme le Temple véritable. “ L’office religieux du Temple juif est supplanté par l’office divin dans lequel c’est le Crucifié et le Ressucité qui vient occuper la place tout à fait centrale qui revient au Temple dans l’office juif ”[41].

Jésus souligne ce qu’il veut dire en y joignant le geste par lequel il chasse les marchands du Temple. Les quatre versions des Evangiles (Mc 11, 15-17 ; Mt 21, 12-17 ; Lc 19, 45-48 ; Jn 2,12-17) ont toutes en commun un trait particulier : Jésus chasse les marchands d’animaux [42] et s’en prend aux changeurs. Et de la sorte ce n’est que la forme de culte pratiquée dans le Temple qu’il vise[43].  C’est plus que l’élimination d’abus, telle que la suggère une idée répandue, qui est ici en cause ; lorsque Jésus chasse les marchands et les vendeurs d’animaux et renverse les tables des changeurs qui étaient nécessaires à la célébration sacrificielle, il rend le culte traditionnel impossible et le déclare abrogé[44].

Et c’est aussi ce que comprend plus d’un interprète. C’est ainsi qu’Eduard Schweitzer remarque au sujet de la version de Luc : “ La purification du Temple est réduite au strict minimum nécessaire ; elle libère le terrain pour l’enseignement quotidien de Jésus ”. Au culte se substitue la doctrine enseignée par Jésus “ qui donne au Temple son sens et qui bien sûr ira aussi plus loin”[45].Et à propos de l’interdiction d’exposer les vases sacré, Meinrad Limbeck fait remarquer : “ Jésus s’opposait à ceux qui voulaient impressionner et enthousiasmer le peuple par les splendeurs du culte. ‘Mais lui, les enseignait ‘ (v.17). … Au culte dont les prêtres faisaient des fidèles les spectateurs, Jésus substitue l’enseignement – son enseignement ”. Mais ce faisant Jésus privait, dans l’esprit des Juifs de l’époque, non seulement le culte mais aussi l’existence du peuple juif de tout fondement. Il faut bien songer que “ le culte du Temple était véritablement pour Israël un don du ciel par lequel Dieu voulait préserver son peuple des conséquences de ses péchés et de ses infractions ”. “ En commençant à chasser les commerçants et les acheteurs du Temple et en renversant les tables des changeurs et des marchands de colombes, il portait atteinte à ce qui, seul, pouvait assurer la pérennité du peuple de Dieu ”[46].

Que Jésus s’attira ainsi l’hostilité la plus farouches des prêtres du Temple, cela va de soi. Et c’est ainsi que dans les récits de la Passion rapportés par les Evangiles ce sont les grands-prêtres qui sont unanimement nommés en premier lieu parmi les adversaires de Jésus qui ont provoqué son arrestation, sa livraison aux Romains et son exécution. Ce sont les grands-prêtres et les scribes qui cherchent à se saisir de Jésus et à le tuer (Mc 14, 1 et par.). Ce sont encore les grands-prêtres et avec eux tout le Grand Conseil qui livrent Jésus à Pilate (Mc 15,1 et par.). Ce sont les grands-prêtres qui l’accusent devant lui (Mc 15,3 et par.) en excitant le peuple pourqu’il exige sa crucifixion (Mc 15,11 et par.). Les grands-prêtres se moquent du Crucifié (Mc 15,31 et par.). Et d’après l’Evangile de Matthieu ce sont encore une fois les grands-prêtres qui se sont adressés à Pilate pour lui demander une garde pour le tombeau (Mt 27, 62-65) et qui ont soudoyé les soldats pour qu’ils affirment que les disciples de Jésus avaient enlevé sa dépouille (Mt. 28,11-15).

Ainsi donc c’est une opinion communément répandue que c’est la classe sacerdotale du Temple qui est responsable de la mort de Jésus. Et comme cette classe se recrutait dans le parti des Sadducéens, ce furent les Sadduccéens et non les Pharisiens qui livrèrent Jésus à la mort sur la croix[47].

 

Les Evangiles ne nous révèlent aucun détail indiquant que Jésus a participé à la liturgie du Temple. Ce qui compte en revanche pour eux, c’est qu’il se rendait au service religieux de la Synagogue qui était un simple office de la Parole et qu’il y participait activement (Lc 9,16 et suiv.). L’apparition spontanée de cette nouvelle forme de service religieux, qui consistait en prières et en enseignements sans sacrifice à l’époque de l’exil à Babylone en l’absence du Temple, marqua une véritable révolution. C’est ainsi que le monde juif fut préparé à une phase ultérieure, dans laquelle il dût célébrer ses offices religieux sans temple ni sacrifice, par la louange et l’action de grâces, l’enseignement et le chant. Et bien que le Temple fût rebâti après l’exil sur des ruines et que les sacrifices cultuels fûssent alors repris, ils ne furent désormais plus le seul élément dominant. L’office religieux de la Synagogue correspondait indéniablement mieux aux besoins des Juifs résidant dans leur pays, mais aussi et surtout à ceux de la diaspora. A l‘époque de Jésus chaque communauté juive de quelque importance avait déjà sa Synagogue, non seulement en Palestine, mais dans tout l’espace méditerranéen.

L’office de la Synagogue “ fut le premier qui, totalement détaché du sacrifice, pouvait être caractérisé comme un office célébré avec le cœur (‘abodah schel balleb). Mais il s’était tout autant dégagé de ses autres manifestations extérieures, de lieux de culte et de prêtres spécialement consacrés, il était un pur office religieux en esprit et pouvait, puisqu’il n’était besoin d’autre chose pour le célébrer que de la volonté d’une communauté aux dimensions réduites, être répandu facilement dans le monde entier. Il était en outre le premier office religieux qui avait lieu selon un  rythme soutenu ; il était célébré non seulement pour le sabbat et pour les fêtes, mais aussi tous les jours de l’année, et il imprègna la vie entière d’une consécration profonde qui la marqua d’autant plus nettement que la prière journalière, l’office du matin et du soir, se développa grâce à l’usage de la communauté pour devenir une habitude de l’individu, même lorsqu’il ne se trouvait pas dans cette même communauté ”[48].

Si l’aperçu rétrospectif de ce spécialiste compétent est exact, l’office de la Synagogue ne pouvait que correspondre pleinement aux intentions de Jésus. Il n’est donc pas étonnant qu’il fit de la Synagogue le lieu privilégié de son enseignement. Il enseignait à Nazarezth, son pays (Lc 4,15), mais aussi à Capharnaüm (Mc 1,21) et dans les synagogues en général (Mt 4,23 ; 9,15 et par.). Et comme c’est exclusivement l’enseignement qui comptait pour lui, il transforma même le Temple en en faisant d’un abattoir un lieu où il enseignait. La tradition évangélique ne cesse de témoigner qu’Il a enseigné dans le Temple. “ Il enseignait tous les jours dans le Temple ” (Lc 14,49), “ Jésus monta au Temple et enseigna ” (Jn 7,14, cf. 7,2 ; 8,20). A ceux qui se saisissent de lui il répond : “ J’étais tous les jours chez vous dans le Temple et j’y enseignais ” (Mc 14,49). Questionné par le grand-prêtre sur son enseignement, il répond : “ J’ai constamment enseigné dans le Temple et dans la Synagogue ” (Jn 17 ;20). Jésus n’aurait pu exprimer plus nettement son indifférence vis-à-vis des sacrifices cultuels. C’est la proclamation de la Parole qui s’y substitue.

La nouvelle interprétation que Jésus donne à l’office religieux ressort avec une netteté particulière de sa conversation avec la Samaritaine (Jn 4). Il le définit pour elle comme une “ adoration en esprit et en vérité ” (4,23 et suiv.) qui n’est liée ni à Sion, la montagne sainte des Juifs, ni au Garizim, la montagne sainte des Samaritains. Son centre est la Parole seule et celle-ci a pour Jean la même signification que la personne de Jésus (1, 14). Ce que tout l’Evangile de Jean se propose entre autres essentiellement, c’est en fait d’établir le rapport entre l’office religieux des premiers chrétiens et la vie de Jésus[49]. La forme que la communauté donne à sa célébration à l’époque des évangélistes, c’est celle qu’a voulue Jésus. En aucun cas cet office religieux ne peut donc être le prolongement de celui que les prêtres célébraient dans le Temple[50].

Particulièrement révélateur est, dans ce contexte, ce que Jésus déclare à propos du vin et des outres : “ Personne ne remplit des vieilles outres de vin nouveau. Autrement le vin fera éclater les outres ; le vin sera perdu et les outres seront inutilisables. A vin nouveau, outres neuves ” (Mc 2, 22 et par.). Jésus nous met en garde afin que nous n’interprètions pas son action comme un simple réajustement de la religion juive antérieure. La nouveauté ne peut être simplement intégrée aux aspects anciens[51].

Et c’est pourquoi Jésus a également déclarée comme nulle la distinction que fait le dogme entre le pur et l’impur. Rien de ce qui pénètre dans l’homme n’est impur, mais seulement ce qui sort du cœur de l’homme (cf. Mc 7,15) [52]. Jésus supprime la frontière qui sépare le sacré du profane. Ce qui compte pour lui, c’est seulement le cœur, l’attitude intérieure. Et en cela sa doctrine est semblable à d’autres grandes religions, au boudhisme par exemple, pour qui le centre de toute attitude religieuse est le cœur de l’homme.

 

Il y a bien sûr un autre aspect qu’il ne faut pas oublier à ce propos : l’attente de la parousie. Nous ne pouvons en séparer l’attitude adoptée par le Christ face au Temple et au culte. Il attend dans peu de temps la venue du règne de Dieu et de sa toute-puissance : “ En vérité je vous le dis : il en est d’ici présent qui ne goûteront pas la mort avant d’avoir vu le Royaume de Dieu venu avec puissance ” (Mc 9,1). Cette parole ne peut être imputée qu’à Jésus car quarante ans après sa mort elle ne pouvait venir de la communauté puisqu’elle était alors dépassée. Mais si Jésus était persuadé de la fin proche, il ne pouvait plus songer à mettre sur pieds un système ecclésial, un ordonnacement du culte et une hiérarchie ou même seulement à les envisager.

Mais bien sûr : comme une mentalité de caste vit très tôt le jour sous l’influence juive, même parmi les disciples, Matthieu met sa communauté en garde : “ Ne vous laissez pas appeler Rabbi. Car un seul est votre maître, alors que vous êtes tous des frères ” (23,8). La communauté de Jésus ne peut exister que “ lorsqu’elle résiste systématiquement dans sa vie à toutes les formes qui pourraient lui faire oublier que seul Jésus est le maître qui l’enseigne et que Dieu seul est son père ”[53].

Pour Paul également les sacrifices du Temple ont perdu leur sens. C’est dans la croix du Christ qu’il voit le signe et le sacrifice expiatoires dressés entre ciel et terre (Rm 3,25)[54]. Si l’on songe en outre que Paul puise ici, comme on le suppose, à une tradition palestinienne plus ancienne qui ne se réfère pas seulement à la mort de Jésus mais aussi à la Cène[55], l’élément totalement nouveau de l’office chrétien par rapport au culte du Temple apparaît sous un jourd’autant plus évident.

En fait le sacrifice que l’on attend des chrétiens est pour Paul d’une nature toute différente : “ Je vous exhorte… à offrir vos personnes en hosties vivantes, agréables à Dieu. C’est là le culte raisonnable (logike latreia) que vous avez à rendre ” (Rm 12,1). Peut-être pouvons-nous même prendre le risque de traduire logike latreia par “ office de la Parole ”. En tous cas Paul oppose formellement l’office chrétien à celui du monde juif. Les chrétiens doivent offrir leurs corps (et non celui d’animaux) en oblations vivantes à la place de cadavres d’animaux. Le véritable office religieux, c’est le don de la personne et de la vie.

Ce qu’il faut entendre par logike latreia est élucidé par un texte parallèle (I P 2,5) qui parle de pneumatikai thysai, de sacrifices “ spirituels ” et de pierres vivantes pour une maison en esprit. Le Christ livre son corps (mais non son âme !)

Toutefois Paul va encore plus loin. L’office religieux est pour lui non seulement le don du corps, mais aussi et avant tout la proclamation de l’Evangile. C’est avec une insistance particulière que l’apôtre parle de l’office religieux de l’Evangile. Dans Rm 1,9 il déclare qu’il accomplit “ en son (propre) esprit ” l’office sacerdotal demandé par l’Evangile du Christ. Cela ne veut pas dire que Paul se considère comme un prêtre au service de la proclamation de l’Evangile. C’est bien plutôt cette proclamation qui prend la place du culte du Temple. Paul utilise ici le terme latreuo qui désigne dans  l’Ancien Testament grec (les Septantes) et dans le Nouveau Testament l’office religieux du Temple juif et il lui oppose l’Evangile.

Le passage Rm 15, 16 est encore plus significatif. Paul parlant de lui-même y dit qu’il accomplit en sa qualité d’officiant (leiturgos Christou Jesou), le service de l’Evangile afin que l’offrande des nations soit agréable à Dieu. Ainsi il met littéralement sens dessus dessous toute la terminologie juive relative au culte : Le service du prêtre consiste dans la proclamation de l’Evangile. Les offrandes sont les nations qui doivent être gagnées à l’Evangile[56]



[1] Il convient toutefois de mentionner son encyclique Humani generis traitant de l’importance de l’homélie et publiée le 15 juin 1917.

[2] Les cinq documents mentionnés ici ont tous été publiés en traduction allemande chez Rohrbasser. Il faut en outre prêter attention au document du 2ème synode ordinaire des évêques de 1971 sur le ministère sacerdotal (édition commentée par H. U. von Balthasar, Einsiedeln 1971 ; le texte se trouve également dans HK [1971], 584-591). Les images traditionnelles s’appuient sur des textes conciliaires et ne font l’objet d’aucune remise en question supplémentaire : la communauté des chrétiens n’est pas en mesure d’accomplir sa mission sans le service assuré par le ministère d’un prêtre (8,2). Ce ministère est différent par nature et non seulement par degré du sacerdoce universel des fidèles (12,5). “ Seul le prêtre peut agir en la personne du Christ lorsqu’il s’agit de…présider au repas du sacrifice et de le réaliser pleinement ” (12,7).

Il faudra considérer enfin comme déterminant pour notre époque le “ Directoire pour le service et la vie des prêtres ” publié à Rome en 1994 par la Congrégation pour le Clergé.

Au chapitre des documents épiscopaux nous mentionnerons le texte des évêques des pays de langue allemande (comme le nomme la page du titre, alors que dans le corps du document ce sont “ les évêques allemands ” qui s’expriment), daté de 1970, qui traite du ministère sacerdotal, ainsi que le document des évêques allemands relatif au service du prêtre, en date du 24septembre1992. Ce dernier revêt un caractère de pastorale pratique. Qui sommes-nous en tant que prêtres ? Comment vivre de nos jours notre condition de prêtres ?

Le document plus important de 1970 se dégage du stéréotype qui assimile la Cêne à l’ordination sacerdotale et reconnaît l’évolution historique compliquée du sacerdoce ecclésial. Toutefois il a recueilli dans les milieux de biblistes spécialisés un écho très contrasté ; cf. Kertelge, 21-26 ; “ c’est un effort de réflexion théologique qui doit être pris très au sérieux ” (21). Pesch, 12-18 reconnaît au document que “ certains aspects ont été vus et certaines conséquences tirées d’une manière exemplaire ” (12), mais il déplore les efforts déployés pour “ défendre les institutions existantes et les doctrines traditionelles ” (14). “ Ce document reste totalement aveugle face aux possibilités offertes aujourd’hui et dans l’avenir à l’évolution de la direction des communautés chrétiennes ” (14).

[3] Ad catholici sacerdortii (Rohrbasser, 22), et autres. Seul Luc (XXII, 14) parle d’ “ apôtres ” ; sinon, il est tour à tour question dans les récits de la Cêne rapportés par les évangélistes de disciples (Mc, XIV, 12.32, Mt XIV, 17 ; Jn XIV), des “ douze ” (Mc, XIV,17), des “ douze disciples ” (Mt XIV,20). Mais la différence faite tout naturellement dans l’exégèse contemporaine entre les “ douze ”, les “ apôtres ” et les “ disciples ” ne revêt aucune importance pour les documents pontificaux. Pour eux, seuls les “ apôtres ” comptent, quoi que l’on entende par ce terme.

[4] Rohrbasser, 17.

[5] Ainsi dernièrement le Jeudi Saint de l’année 1996 : Lors de la dernière Cêne “ Jésus a révélé aux apôtres que leur vocation était d’être prêtres comme Lui et en Lui… En confiant aux apôtres la mémoire de sa mort par son sacrifice le Christ les a fait participer à son sacerdoce… C’est donc des apôtres que nous avons reçu en héritage le service sacerdotal ”.

La première de ces lettres du Jeudi-Saint, datée du 8 avril 1979, un an après l’accession de Jan-Paul II à ses fonctions, a recueilli un écho extraordinairement positif tout autant que négatif, en particulier en raison de l’accent mis sur la loi du célibat (cf. Denzler, 197-217, où l’on trouvera aussi le texte du document). Telle qu’elle a été adoptée comme point de départ, la modification de la phrase de Saint-Augustin “ C’est pour vous que je suis évêque, c’est avec vous que je suis chrétien ” transformée en “ C’est pour vous que je suis évêque, c’est avec vous que je suis prêtre ” présente le prêtre d’emblée comme le chrétien accompli. Que le sacerdoce sacramentel est différent non seulement par son degré, mais aussi par sa nature, du sacerdoce universel des fidèles, voilà ce qui est souligné quatre fois dans ce bref document, afin de marquer à tout prix et comme il se doit la différence entre le prêtre et le peuple ordinaire de l’Eglise. Le sacerdoce sacramentel est “ hiérarchique ”, “ c’est-à-dire lié aux pleins pouvoirs permettant d’éduquer et de conduire le peuple sacerdotal ”. La loi du célibat est fondée sur une “ doctrine apostolique ”.- Les années passant, l’intérêt porté à ces messages du Jeudi-Saint s’est affadi, ne fût-ce qu’en raison des inévitables répétitions.  

[6] Mais si  Paul avait présidé l’Eucharistie dans ses communautés, de qui en aurait-il reçu la légitimation ? Certainement pas de “ Jacques, Kephas et Jean, qui étaient considérés ‘comme des colonnes’ ” (cf. Ga, II, 9). Et si les pouvoirs permettant de célébrer l’Eucharistie avaient été conférés pour ainsi dire automatiquement avec l’apparition du Ressucité, (I Co. IX,1 ; XV,8), - et sinon comment Jacques, frère du Seigneur, qui ne faisait pas partie des  “ douze ”  aurait-il pu accéder à son pouvoir universel de gouvernement dans la communauté de Jérusalem (Ac XII, 17 ; XV,13 ; GaI,19 ; II,12) ? – cela ne devrait-il pas s’appliquer à tous ceux auxquels le Ressucité s’était manifesté, donc aussi à Marie-Madeleine (Jn XX, 11-18) et  aux “ plus de cinq cents frères ” (I Co XV,6) parmi lesquels se trouvaient certainement aussi des “ sœurs ” ?  Et de ce simple fait l’affirmation selon laquelle “ seul le ministre consacré peut prononcer efficacement les paroles par lesquelles l’oblation offertedans l’Eucharistie, le corps et le sang du Christ, deviennent présents ” (Michael Schmaus, Der glaube der Kirche [=La foi de l’Eglise] V/3, St Ottilien 1982, 232 et suiv.), se révèle comme étant une construction dogmatique étrangèreà la vie réelle.    

[7] Piue XII Mentis nostrae (Rohrbasser, 167). J. Ernst, Das Evangelium nach Lukas [=L’Evangile de Luc], Ratisbonne 1977, 330 et suiv. : “ Au sujet du rapport entre l’envoi en mission des douze (Lc, IX,1-6) et celui des soixante-douze (Lc, X,1-20), il faudra réfléchir aux problèmes posés par l’histoire des rédactions. Luc pense dans le premier cas à Israël qui est représenté par ses douze tribus, et dans le second au monde entier qui, d’après Gn X (LXX) a atteint sa plénitude dans ses soixante-douze nations. L’idée d’une mission auprès des païens est donc responsable de ce décompte double. Il faudrait peut-être en chercher l’arrière-plan historique dans l’envoi d’un nombre assez important de disciples parmi lesquels Luc distingue les groupes représentatifs des soixante-douze et des douze ”.

[8] Directoire, No 16.

[9] Directoire No 51. R. Bultmann, Das Evangelium des Johannes [=L’Evangile de Saint Jean], 1954 : “ Il va de soi que ce n’est pas un pouvoir apostolique universel qui est ici conféré, mais que c’est la communauté qui , en tant que telle, est le dépositaire de ce pouvoir ”. R. Schnackenburg, Das Johannesevangelium [=L’Evangile de Jean], 3,1975 : “ Au sens propre à l’Evangile on ne peut soutenir l’hypothèse d’une limitation aux ‘onze apôtres’ ”… “ L’évangéliste est loin de songer à une limitation des pleins pouvoirs aux disciples présents ou à des ministres ultérieurs ; comme antérieurement les disciples sont les représentants de la communauté et dans I Jn les ministres ne sont pas mentionnés pour la pratique de l’Eglise ”. – M. Hasitschka, Befreiung von Sünde nach dem Johannesevangelium [=La libération du péché d’après l’Evangile de Jean], Innsbruck 1989, 402-422, montre en y insistant d’une manière convaincante à quel point on est, en limitant à des ministres quelconques le pouvoir “ de remettre et de retenir les péchés ”, en contradiction avec l’intention de l’évangéliste.

[10] Extraitde Jean XXIII, Sacerdotii Nostri primordia, citation d’un discours de Paul VI, son prédécesseur, que la mort a empêché de prononcer (Rohrbasser, 214). Cf. également Pie XI, Ad catholici sacerdotii “ Il faut qu’il [le prêtre] vive comme un second Christ ” (Rohrbasser, 37).

[11] Pie XI, Ad catholici sacerdotii (Rohrbasser, 33).

[12] Pie XI, op. cit. (Rohrbasser, 27) ; lettre de Jean-Paul II à tous les prêtres, datée du Jeudi-Saint 1990, N° 1.- Au sujet du character indelebilis, cf. plus loin, p. *** et suiv.

[13] Pie XI, Ad cath. sac., (Rohrbasser, 38).

[14] op. cit., (Rohrbasser, 20 et suiv).

[15] Directoire, N° 19.

[16] Stockum, 2 et suiv.

[17] op..cit., 6

[18] op. cit., 41.

[19] op. cit., 64 et suiv.

[20] G. Thurmair, Die ersten Gedichte. An die Freunde (=Premiers poèmes – à mes amis), Düsseldorf 1938,61 Dans l’actuel recueil de prières et de cantiques intitulé “ Gotteslob ” (=Louange de Dieu), on trouve 25 textes deThurmair.

[21] B. Häring, Heute Priester sein. Eine kritische Ermutigung [=Etre prêtre aujourd’hui. Une analyse critique au titre d’encouragement] Freiburg i. Br., 1996, 77.

[22] op.cit., 47-49.

[23] op.cit, 106 et suiv.

[24] Walter Kasper, Der Leitungsdienst in der Gemeinde [=Le servicedegouvernement dans la paroisse]. Session d’études de la Conférence des Evêques d’Allemagne à Reute, 23 février 1994, p. 21.

[25] Op.cit. p. 22. Cf. la décision de l’Assemblée d’Automene dela Conférencedes Evêques d’Autriche (8-10 novembre 1994 : L’évêque de peurt coinfier qu’à un prêtreconsacré la direction d’une paroisse (HK, 48 [1994], 648.

[26] Kasper, p.22

[27] op.cit. p.22.

[28] Jeremias, 168 et suiv. ; B. Reicke, Neutestamentliche Zeitgeschichte (=Hitoirede l’époque du Nouveau Testament), Berlin 1965 (1982), pp. 122-125.

[29] Jeremias, 224-234. .

[30] op.cit., 234-241.

[31] “ C’est une fierté pour les fils d’Aaron de patauger jusqu’aux chevilles dans le sang ” (Pesachim, 65b)

[32] Klinzing, 167-213, ici, p. 167 et suiv.

[33] Gärtner, 16-46, particulièrement 44-46.

[34] M. Limbeck, 48-51.

[35] Op.cit.,48. Pourcequi suit, cf. Hahn, particulièrement 48 et suiv.

[36] Limbeck, 48

[37] cf. Th. Söding, 146 : “ On ne peut reconnaître si c’est un repas pascal que décrit la tradition la plus ancienne ”. Pour l’histoire des recherches récentes, cf. Bradshaw, Origins, 30-55.

[38] Hahn, 25

[39] op.cit.,27

[40] Il n’est d’ici d’aucune importance que les “ trois jours ” concernent Jésus ou non.

[41] Cullmann : Urchristentum [=Le christianisme primitif], 47 et suiv. Au sujet de la tonalité qui domine  l’Evangile de Jean, cf. plus loin (p. *** et suiv.)

[42] Chilton, 100.

[43] Il importe peu dans ce contexte que l’on ait pu apporter personnellement les animaux pour le sacrifice ou les acheter ailleurs.

[44] Limbeck, op.cit. p.48 ; Th. Söding, Die Tempelaktion Jesu [=L’intervention de Jésus dans le Temple], in TThZ,101 [1992], 36-64, ici 46.

[45] E. Schweitzer, Das Evangelium nach Lukas [=L’Evangile de Luc], Göttingen 1982, 200 et suiv.

[46] M. Limbeck, Markus-Evangelium [=L’Evangile de Marc], Stuttgart 1985, 164-168.

[47] ‘Les prêtres en chef et le grand-prêtre, qui étaient Sadducéens, sont les responsables de la mort de Jésus ” (J. Le Moyne, Les Sadducéens, Paris 1972, 404).

[48] J Elbogen, Der jüdische Gottesdienst in seiner geschichtlichen Entwicklung [=L’officereligieux juif dans son évolution historique] Frankfurt/Main 1931. Réimpression : Hildesheim 1962 et années suivantes.

[49] Cullmann, Urchristentum, 33 et suiv.

[50] cf. op.cit. , 54 et suiv.

[51] Hahn, 18

[52] “ Celui qui conteste que l’impureté pénètre de l’extérieur dans l’homme, porte atteinte aux conditions qui ont présidé à la naissance de la Thora et de la loi de Moïse elles-mêmes, ainsi qu’à la lettrede ces documents. En outre c’est une atteinte aux conditions dans lesquelles est né l’ensemble des pratiques du culte antique fondé sur le sacrifice et l’expiation ” (E. Käsemann, cité par Hahn, p. 20).

[53] M. Limbeck, Matthäus-Evangelium, Stuttgart 1986, 267.

[54] K.H. Schelke, Meditationen über den Römerbrief [=Méditations sur l’Epitreaux Romains], Einsiedeln 1962, 61.

[55] O. Michel, Der Brief an die Römer [=La Lettre aux Romains] , Göttingen 1966 ; J. Blank, in : P. Eicher, Neues Handbuch Theologischer Grundbegriffe [=Nouveau manuel des concepts théologiques de base] IV, München 1991, 373.

[56] Hahn, 35. Le fait que déjà le judaïsme a connu une spiritualisation de la terminologie spécifique du sacrifice (cf. plus haut p. 7 et 8) et que la même expression, “ ‘abodah ” a pu être utilisée pour la prière et le servicede l’autel, n’est pas en contradiction avec cette réalité. (O. Michel, Der Brief an die Römer [Note 55] à propos de 15,16).