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Ludmila Javorova

femme prêtre de l'Eglise catholique clandestine dans la Tchécoslovaquie communiste, ignorée par le Vatican après la chute du mur de Berlin

Traduction de Chronique , une critique de livres du journal "El Mundo", journal espagnol. 

EGLISE : Licenciée par le Vatican

Ludmila, le seul prêtre en jupons. Elle dit la messe depuis 31 ans. Elle a exercé le sacerdoce dans la clandestinité, en Tchécoslovaquie, dans l'attitude secrète d'un espion. Depuis, Rome lui a interdit d'exercer ses fonctions. Claret Editorial vient de publier "Des profondeurs. L'histoire de Ludmila Javorova ", de Miriam Therese Winter - JOSÉ MANUEL VIDAL

Elle est sortie de chez elle avec le long vêtement noir des dimanches. C'était minuit, la nuit de du 28 décembre 1970. Elle a regardé, à gauche et droite, pour à s'assurer que personne ne l'épiait puis, en courant presque, elle a parcouru la courte distance qui la séparait de l'étage de l'évêque. Dans le bureau de Félix María Davidek, archevêque de Brno, tout était prêt. Ludmila Javorova a sonné deux longues fois et une courte, le signal convenu. Elle était rayonnante de bonheur. Enfin, à 38 ans, allait s'accomplir le rêve de sa vie. Avant d'entamer l'antique cérémonial, Mgr Davidek lui demanda à nouveau: "Veux-tu le recevoir?", "Oui, je le veux ", répondit-elle.

Alors, l'archevêque catholique Davidek a entamé le cérémonial du sacrement de l'ordre sacerdotal; il lui a imposé ses mains, comme signe extérieur de ce dernier, dans la ville morave de Brno, en la présence d'un frère de l'archevêque, comme témoin. Ensuite, elle a célébré sa première messe, a effectué sa première consécration du pain et du vin et a donné sa première bénédiction aux deux personnes présentes. "De retour à maison, il pleurait à verse pour toutes les années où j'avais contenu mes larmes", rappelle-t-elle.

Depuis lors, elle est devenue la première "prêtresse" catholique du monde dans les derniers 20 siècles (nombre de théologiens assurent que, jusqu'au 1er siècle , l'Église catholique a compté des femmes prêtres et diacres).

Comme tel, Ludmila disait la messe tous les jours, seule, dans sa maison de Brno, sans même que ses parents le sachent. C'étaient les années de plomb de la dictature communiste en Tchécoslovaquie et dans tout le Centre de l'Europe. L'Église catholique était poursuivie, contrôlée par l'État. On l'appelait "l'Église du silence" et "l'Église martyre". L'actuel archevêque de Prague, Mgr Vlk, a travaillé plus de 20 années comme simple plongeur...

Pour déjouer la police communiste, l'archevêque Davidek a ordonné en secret 17 évêques, certains d'entre eux mariés et pères de famille, et 68 prêtres hommes, beaucoup d'entre eux mariés. Elle a gardé le secret, mais beaucoup des Catholiques clandestins slovaques connaissaient alors sa condition sacerdotale et ils l'acceptaient comme telle. Plus encore, il lui est arrivé d'être "vicaire général", c'est-à-dire, la numéro deux de l'archidiocèse de Brno. Après la chute du Mur de Berlin, se révéla au grand jour l'existence de l'Église clandestine tchèque Et avec elle, l'existence d'une femme prêtre.

Ludmila a attendu jusqu'à 1989, l'année de la "révolution de velours", pour demander la reconnaissance ecclésiale et l'aide du Pape. "J'ai d'abord essayé d'obtenir une entrevue avec le Pape par le biais du cardinal Wyszynski de Pologne, mais sans l'obtenir. Je lui ai ensuite demandé directement son aide pour qu'il m'accepte comme je suis. Je lui ai écrit une lettre qui disait simplement: "Saint Père, j'ai reçu l'ordination sacerdotale dans ces circonstances, et maintenant, je vous le communique".

Mais dix années sont passées et le Vatican a donné l'ordre de se taire pour toute réponse. Ce n'est qu'ensuite, en 1995, que Ludmila a publiquement reconnu sa condition Et, seulement alors, la hiérarchie romaine a réagi.

Quand à Rome, on s'est avisé de l'existence, d'au moins, une femme prêtre, d'évêques mariés et de prêtres avec des fils et des petits-fils, s'est répandu la panique dans la Curie. Le Pape a chargé le cardinal Ratzinger de mettre de l'ordre. Rome a nié la validité de l'ordination sacerdotale de Ludmila Javorova et des quatre évêques mariés.

Elle a accepté la décision du Vatican, mais elle continue à proclamer que, quoique n'exerçant plus, elle est prêtre. Il assure, par exemple, que dans la Tchécoslovaquie d'alors, il y avait deux types de clergé. Celui de "première ligne", absolument fidèle à l'État et contrôlé par l'appareil communiste (après la chute du communisme, ses membres ont continué à exercer leur ministère sans aucun problème venu de Rome). L'autre clergé, nommé de "seconde ligne", avait choisi d'agir clandestinement pour maintenir l'intégrité de la foi catholique. Son ministère avait été invisible et son ordination secrète à la demande du Vatican même, qui leur avait interdit coopérer avec les communistes.

Toutefois, la réponse de Rome, après la chute du Mur de Berlin, fut "de reconnaître le sacerdoce des collaborationnistes et le nier aux clandestins", dit-elle, douloureuse: "En conséquence, aux yeux de Rome, ce qui avait été considéré comme légitime et même héroïque sous les forces du communisme , était interprété comme un sacerdoce parallèle et un problème à résoudre".

Mais, quoique que Rome essaye de le dissimuler, Fridolin est un évêque marié et Ludmila Javorova une femme prêtre. Un symbole vif existe déjà dans l'Église catholique, que la hiérarchie s'échine à nier: un prêtre en jupons.

Traduit par Le Mulot Le Pharisien libéré - 13 janvier 2002

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L'auteur du livre : Miriam Therese Winter http://mtwinter.hartsem.edu/

Le Livre dont parle El Mundo: http://mtwinter.hartsem.edu/Depths.htm (sur le site de l'auteur)

http://www.futurechurch.org/newsletter/fall01/ludmila.htm sur le site de "Future Church", une espèce de "Wir sind auch Kirche" américain,

sur le site de Belief.net : http://www.beliefnet.com/story/79/story_7920_1.html

Voir enfin le site http://www.womenpriests.org/fr/ (en français), spécialement consacré à l'ordination des femmes prêtres dans l'Eglise catholique romaine.

Enfin le site de l'association chrétienne féministe Femmes et Hommes en Eglise.

 

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