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Croyants en liberté Sarthe |
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Eglise que dis tu de ton avenir? Ouverture du Concile des jeunes de Taizé en 1974. C’était en 1974, à Taizé, en Bourgogne, lieu de rencontre international de jeunes du monde entier, autour d’une communauté œcuménique fondée par des protestants (devenus depuis très catholiques...). En 1974, la jeunesse restait encore très marquée par un Mai 68 tout récent. En Amérique latine, c’était la grande époque de la théologie de la libération. Dom Helder Camara était une grande référence, et Jean-Paul II n’était pas encore Pape. Le Concile Vatican II n’avait pas encore 10 ans. Les utopies progressistes (socialismes, tiers mondismes, ...) n’avaient pas encore été ébranlées par la chute du mur de Berlin et la mondialisation. L’action humanitaire ne tenait pas lieu de seule pensée et action politique résiduelle... C’était une autre époque, déjà très lointaine. Inutile de verser une larme. Le monde a changé depuis. Il faut réinventer. Mais il s’écrivait des choses très fortes. Eglise, que dis tu de ton avenir ? Vas tu renoncer aux moyens de puissance, aux compromissions avec les pouvoirs politiques et financiers ? Vas tu abandonner les privilèges, renoncer à capitaliser ? Vas tu enfin devenir “communauté universelle de partage”, communauté enfin réconciliée, lieu de communion et d’amitié pour toute l’humanité ? Localement et sur toute la terre, vas tu ainsi devenir la semence d’une société sans classes et sans privilégiés, sans domination d’un homme sur l’autre, d’un peuple sur l’autre? Eglise que dis tu de ton avenir? Vas tu devenir “ peuple des béatitudes ”, sans autre sécurité que le Christ, peuple pauvre, contemplatif, créateur de paix, porteur de la joie et d’une fête libératrice pour les hommes, quitte à être persécutée pour la justice? Si nous sommes partie prenante, nous savons que nous ne pouvons rien demander aux autres sans risquer nous-mêmes le tout pour le tout. Qu’avons nous à craindre? Le Christ ne nous dit-il pas : “je suis venu allumer un feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il brûle !” Nous oserons vivre le concile des jeunes comme une anticipation de tout ce que nous demandons. Nous oserons nous engager ensemble et sans retour à vivre l’inespéré, à faire jaillir l’esprit des béatitudes dans le peuple de Dieu, à être ferments d’une société sans classes et sans privilégiés. Les organisateurs du concile des jeunes à Taizé, le 1er septembre 1974 Vivre l'inespéré. Lutte en contemplation. En contrepoint, dans un style plus intimiste et évangélique qui lui est si caractéristique, Frère Roger, le prieur de la communauté de Taizé, écrivait de son côté : Avec le peuple de Dieu, avec des hommes de toute la terre, tu es invité à vivre l’inespéré. A toi tout seul, comment connaîtrais tu le rayonnement de Dieu ? Trop éblouissant pour être vu, Dieu est un Dieu qui aveugle le regard. Le Christ, lui, capte ce feu dévorant et, sans éclat, laisse Dieu transparaître. (...) Désormais, dans la prière comme dans la lutte, rien n’est grave si ce n’est de perdre l’amour. Sans amour à quoi bon la foi, à quoi bon aller jusqu'à brûler son corps aux flammes ? Le pressens tu ? Lutte et contemplation ont une seule et même source : le Christ qui est amour (...) Ta lutte ne peut pas se vivre dans des idées qui virevoltent sans se concrétiser (...) Vis le très peu de choses que tu as compris de l’Evangile...” Frère Roger pour l’ouverture du Concile des jeunes, le 30 Août 1994 : Vivre l’inespéré. Le Concile des Jeunes de Taizé a finalement accouché de choses assez consensuelles. Les résolutions finales ne parlent plus guère de politique, et les Eglises n’y sont plus interpellées. Taizé renvoie aux communautés paroissiales et Frère Roger plaide pour un pape, "pasteur universel". Taizé s'est ainsi largement coupé des courants catholiques progressistes ou réformateurs et de ses racines protestantes réformées. Dommage. Il reste cependant cette spiritualité évangélique, non dogmatique, ce refus d'être des "maîtres spirituels", une liturgie simple et peu bavarde, un indéniable succès auprès des jeunes du monde entier, la création de ponts avec les anciens pays de l'est et l'orthodoxie, le partage concret par la communauté et ses antennes dans le tiers monde, de la vie des pauvres. Tout cela reste infiniment riche et précieux et fait dire à un grand intellectuel, le philosophe Paul Ricoeur, dans un entretien en avril 2000 ce qu'il vient chercher à Taizé: la preuve que la bonté peut triompher du mal. Extraits: "Nous sommes accablés par les discours, par les polémiques, par l'assaut du virtuel qui, aujourd'hui, créent comme une zone opaque. Or la bonté est plus profonde que le mal le plus profond. Il nous faut libérer cette certitude, lui donner un langage. Et le langage donné ici, à Taizé, n'est pas celui de la philosophie, ni même de la théologie, mais celui de la liturgie. et pour moi, la liturgie, ce n'est pas simplement une action mais une pensée. Il y a une théologie cachée, discrète, dans la liturgie, qui se résume dans cette idée que "la loi de la prière, c'est la loi de la foi" (...) La communauté n'impose pas une sorte de modèle intimidant, mais, comment dirais-je, une sorte d'exhortation amicale. J'aime ce mot d'exhortation parce que nous ne sommes pas non plus dans l'ordre de la méfiance et de l'hésitation, qui est le lot aujourd'hui de la vie, dans la société urbaine, dans le travail comme dans les loisirs. Eh bien, c'est cette tranquillité partagée qui pour moi représente le bonheur de la vie auprès de la communauté de Taizé". Pour découvrir le Taizé d'aujourd'hui, visiter le site officiel de la communauté. On peut aussi lire sur notre site quelques extraits de la pensée de frère Roger à notre page sur l'Eglise et le ministère du pape. Enfin un très bon article analytique et sociologique sur l'évolution de Taizé: Croyances religieuses, morales et éthiques dans le processus de construction européenne - La Communauté de Taizé : maturation d'un haut lieu chrétien de socialisation européenne. par Fabien Gaulué |
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