Croyants en liberté Sarthe

Pour une recherche spirituelle dans le dialogue entre les différentes traditions religieuses et philosophiques.
 Pour un libre débat dans l'Eglise catholique sur son fonctionnement et son rapport aux femmes et aux hommes d'aujourd'hui.
Contre tous les intégrismes, fondamentalismes et pratiques de secte.

"C'est pour que nous restions libres que le Christ nous a libérés. Donc tenez bon et ne vous remettez pas sous le joug de l'esclavage" (Epître de Paul aux Galates, ch 5, v 1).

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Décembre 2000. Appel pour une laïcité ouverte.

L'hebdomadaire Témoignage Chrétien lance dans son numéro 2944 du 7 décembre 2000 un appel pour une laïcité ouverte, signé par 70 personnalités intellectuelles, politiques de droite et de gauche, et religieuses de différentes confessions. Le débat se poursuit dans le numéro 2949 du 18 janvier 2001 de TC, avec différents points de vue pour et contre, 60 nouveaux signataires, une interview de Marcel Gauchet "Il n'y a plus péril de chrétienté en la demeure" et un nouvel article de Bernard Ginisty "Dieu seul est laïque".

Cet appel a provoqué des réactions épidermiques et polémiques, reflets de la difficulté persistante en France à aborder sereinement la question du rapport entre religions et société. En voici le texte:

En cette fin d'année 2000, la France a mal à sa laïcité

Depuis plus d'un siècle, la République française en a fait une valeur essentielle de sa vie démocratique. Les différentes religions présentes sur notre territoire jouent un rôle déterminant pour la concorde nationale. Elles ont témoigné de leur sens des responsabilités lors des récentes agressions contre les synagogues.

Et si certains croyants ont parfois des comportements intolérants, sectaires ou prosélytes, les religions établies respectent l'esprit et la lettre de la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat. Elles contribuent le plus souvent à enrichir le débat démocratique en partageant leurs expériences de vie et leurs convictions spirituelles. 

Or certains représentants politiques, à droite comme à gauche, manifestent de l'agacement à l'encontre des croyants, en particulier des chrétiens, qui s'impliquent dans le débat public sans taire leurs convictions. Ce constat est particulièrement frappant sur des questions comme la charte européenne des droits fondamentaux, l'enseignement des religions à l'école ou les interpellations éthiques... 

Nous, chrétiens attachés à la liberté de conscience et d'expression de chacun, sommes inquiets de ce climat de crispation et de méfiance. Nous souhaitons ardemment que la laïcité dont nous sommes également les promoteurs s'enrichisse des apports spirituels et humanistes des religions diverses de ce pays. Cette indispensable ouverture est un gage de confiance envers les croyants, blessés par les sectarismes. cette laïcité que nous appelons de nos voeux constitue une chance pour enrichir le débat politique qui manque parfois de souffle et de perspectives humaines à long terme.

Les 70 premiers signataires

Olivier Abel, théologien et sociologue
Michel Albert, économiste, membre de l'Institut
Guy Aurenche, avocat à la Cour, ancien président de le Fédération internationale de l'ACAT
Roselyne Bachelot-Narquin, députée RPR du Maine et Loire
Michel Barnier, commissaire européen, ancien ministre
Jean-Michel Belorgey, conseiller d'Etat, ancien député PS
Olivier Bobineau, enseignant chercheur, CNRS - Ecole pratique des hautes études
Jean-Marie Bockel, maire PS de Mulhouse
Jean Boissonnat,  journaliste, président des Semaines Sociales
José de Broucker, journaliste
Michel Camdessus, gouverneur honoraire de la Banque de France
Jean-Claude Casanova, directeur de la revue Commentaire
Michel Cazenave, journaliste et écrivain
Jean-François Collange, professeur à l'Université Marc-Bloch de Strasbourg
Pierre Chaunu, historien, membre de l'Institut
Claude Cheysson, ancien ministre
Claude Dagens, évêque d'Angoulême, rédacteur de la lettre aux catholiques de France: proposer la foi dans la société actuelle (1996)
Didier da Silva, président des Chrétiens pour une gauche nouvelle
Christian Delorme, prêtre
Jacques Delors, président de l'association Notre Europe, ancien président de la Commission Européenne
Jean Delumeau, professeur honoraire au Collège de France, membre de l'Institut
Bruno-Marie Duffé, directeur de l'institut des droits de l'homme de Lyon
Jacques Duquesne, journaliste et écrivain
Christian Duquoc, dominicain, directeur de la revue Lumière et Vie
Xavier Emmanuelli, 
Claude Evin, ancien ministre, député PS de Loire Atlantique
Pierre Eyt, cardinal, archevêque de Bordeaux
Michel Falise, adjoint au maire de Lille, ancien recteur de l'université catholique de Lille
Jean-Baptiste de Foucauld, vice-président de Démocratie et spiritualité, ancien commissaire général au plan
Roger Fauroux, ancien ministre
Pierre Gardeil, écrivain
Sylvie Germain, écrivain
Georges Gilson, archevêque de Sens-Auxerre, prélat de la Mission de France (et ancien évêque du Mans)
René Girard, philosophe, professeur à Stanford University
Jean-Claude Guillebaud, journaliste et écrivain
Hubert Haenel, sénateur RPR du Haut-Rhin
Anne-Marie Idrac, vice-présidente de l'UDF, députée des Yvelines
Jacques Julliard, historien et journaliste
Jean-Yves Leloup, prêtre orthodoxe et écrivain
Henri Madelin, jésuite, revue Etudes
Véronique Margron, dominicaine, théologienne moraliste
Claudette Marquet, pasteur, présidente de l'association des producteurs religieux de télévision
Jean-François Mattei, professeur de médecine, député DL des Bouches du Rhône
Patrick Merrant, co-directeur des éditions de l'Atelier
Olivier Mongin, directeur de la revue Esprit
Jean-Luc Mouton, directeur de l'hebdomadaire Réforme
Jean-Pierre Mignard, avocat, directeur de la revue Témoin
Elisabeth Parmentier, professeur à l'université Marc-Bloch de Strasbourg
Bernard Perret, économiste, revue Esprit
Pierre Pierrard, historien, professeur honoraire à l'institut catholique de Paris
Gaston Piétri, prêtre, vicaire général d'Ajaccio
Jean-Marie Ploux, prêtre et théologien
Olivier Prat, secrétaire de l'institut Marc-Sangnier
Dominique Ponnau, directeur de l'Ecole du Louvre
René Rémond, de l'Académie française, président de la Fondation nationale des sciences politiques
Paul Ricoeur, philosophe
Bertrand Rivière, directeur adjoint de Témoin
Gilles de Robien, député-maire UDF d'Amiens
Christophe Roucou, théologien, prêtre de la Mission de France
Albert Rouet, évêque de Poitiers
Stan Rougier, prêtre et écrivain
Jean-Louis Schlegel, éditeur au Seuil
Paul Valadier, jésuite, professeur au Centre Sèvres
Jean-Paul Willaime, sociologue des religions, CNRS - Ecole pratique des hautes études
Joseph Yacoub, professeur de sciences politiques à l'Université catholique de Lyon.

Contacts

Témoignage Chrétien, 49, rue du Faubourg Poissonière, 75009 Paris. 

Les cléricalismes de la pensée zéro. L'éditorial de Bernard Ginisty, directeur de Témoignage Chrétien 

"Nous naviguons constamment entre deux curés; les curés laïques et les curés ecclésiastiques; les curés cléricaux anticléricaux, et les curés cléricaux cléricaux; les curés laïques qui nient l'éternel du temporel ...], et les curés ecclésiastiques qui nient le temporel de l'éternel." Ces lignes de Charles Péguy illustrent parfaitement les cabales des dévots qui agitent régulièrement la République. Le sens de l'appel de TC, dont toute l'histoire montre sa résistance "aux curés ecclésiastiques", c'est d'affirmer que la richesse de la démocratie passe par la discussion, et non le refoulement, des raisons du vivre ensemble qui inspirent les citoyens.

Ce n'est pas une simple affaire sémantique d'avoir remplacé les mot "religion" par le mot "spirituel" dans le préambule de la Charte européenne, il s'agit bien d'un acte de refoulement. Vouloir ignorer officiellement que des grandes religions font partie de l'héritage fondamental de l'Europe pour le meilleur et parfois pour le pire, n'est pas simplement inculte. C'est refuser de savoir, ne serait-ce que pour s'y affronter et s'en distancier, à quel point notre modernité a été façonnée par des siècles de culture religieuse. Le concept même de laïc est issu d'une théologie cléricale de la société. Exiler les expressions historiques des religions et leur patrimoine symbolique hors du champ de la laïcité, c'est risquer de voir le religieux resurgir de façon sauvage. Il ne faut pas s'étonner que la République voit se multiplier des sectes et se précipite alors vers les Églises instituées pour leur demander de bien vouloir l'aider à distinguer ce qui serait secte de ce qui serait religion!

La laïcité n'est pas un univers aseptisé qui nous dispenserait d'affirmer dans le débat public les raisons de vivre, d'aimer et de construire une société. Les grands fondateurs de la laïcité, dont Pierre Pierrard vient de nous donner une superbe anthologie (Anthologie de l'humanisme laïque, Albin Michel, 2000) étaient des anticléricaux convaincus non parce qu'ils étaient irréligieux, mais parce que leurs exigences spirituelles étaient plus fortes que celles des cléricaux.

On nous trouvera toujours, à TC, à côté de ceux qui se battent contre l'empiètement des cléricalismes religieux dans le vie de la cité. Mais ce n'est pas pour servir la soupe à des cléricalismes de la pensée zéro pour qui les sources religieuses de l'engagement devraient rester absentes de l'espace public.

En se libérant des emprises cléricales, la société n'a pas fermé le débat sur les grandes options qui inspirent la vie, mais l'a situé chez chaque citoyen. la laïcité constitue l'espace où chacun peut risquer sa parole propre, au lieu de rester noyé dans le pseudo consensus d'une pensée unique dont le vide s'emplit de la religion de la marchandise. Paul Ricoeur nous invite à fuir ce consensus minable pour "une pratique du dissensus mis en oeuvre par une éthique de la discussion". Il poursuit: "il y a un noyau du poétique qui est le sacré, le religieux, la parole originaire. Ca c'est le problème des convictions. Et le problème de la communauté  politique est de pouvoir partager cette conviction en la retraduisant dans le langage de chacun, dans sa philosophie, dans sa liberté laïque.

Point de vue de Croyants en liberté Sarthe: un risque à prendre.

En tant qu'association Croyants en liberté Sarthe, tout en étant très attachés à la laïcité à la française, avec sa stricte séparation de l'Eglise et de l'Etat, et tout en estimant que l'une des questions à l'origine de cet appel, à savoir la formulation du préambule de la charte européenne (remplacement de "héritage culturel, humaniste et religieux" par "patrimoine spirituel et moral") a un côté byzantin qui  ne justifie pas une nouvelle guerre de religion..., nous sommes plutôt favorables à cet appel pour une laïcité ouverte pour les raisons suivantes.

La laïcité n'est pas menacée par le rappel de notre histoire

Nous comprenons mal en quoi la laïcité serait menacée par le rappel de notre histoire et de la diversité de nos inspirations, qui portent pourtant beaucoup de valeurs communes.

Nous refusons d'admettre que Religions et Laïcité seraient définitivement incompatibles, et nous regrettons cette tendance à renvoyer le phénomène religieux dans la seule sphère privée.

Le vivre ensemble suppose la reconnaissance des différences 

Peut-on faire avancer le vivre ensemble dans la société, la reconnaissance mutuelle, les dialogues entre religions, entre églises, entre religions et société,  sans reconnaître au fait religieux une dimension historique, culturelle, et sociale, et en faisant l'impasse sur l'approfondissement de la connaissance de cet héritage?

Oser cet appel pour une laïcité ouverte, c'est sans-doute effectivement prendre un risque: qu'il soit récupéré par les nostalgiques d'une société de chrétienté pré laïque.

Mais entre le risque de la blessure des croyants non reconnus par la société et de l'analphabétisme religieux d'un côté, et celui de la remise en cause improbable de la séparation de l'Eglise et de l'Etat de l'autre côté, il faut choisir.

Nous pensons donc plutôt que ce risque devait être pris. Comme devra être pris le risque de parler davantage de religion à l'école (ce qui ne doit en aucun cas être le "catéchisme à l'école"), car il est souhaitable que le discours sur la religion ne soit pas le seul fait des religieux.

Pour des Eglises et communautés religieuses participant aux débats de société 

Nous avons enfin besoin d'Eglises citoyennes participant aux débats de société dans les domaines éthique, social, économique, et qui ne réduisent pas leurs activités au seul champ "spirituel". Comme nous avons besoin de chrétiens et de croyants engagés dans la société, sans confessionalisation du politique, mais qui assument publiquement et simplement leur "héritage religieux".

Pour limiter au maximum le risque de récupération, il est bon que cet appel soit parti de l'hebdomadaire Témoignage Chrétien, particulièrement peu soupçonnable de nostalgie cléricale, et de personnalités reconnues pour leur ouverture.

Autre page sur la laïcité

Nous développons d'autre part ce thème sur notre site, dans un dossier comportant de nombreux liens, intitulé Laïcité, principe de précaution.

Et un article sur le site de Parvis: Pourquoi je soutiens l'appel de TC pour une laïcité ouverte? 

 

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