|
Croyants en liberté Sarthe |
||||||||||||||
|
Le pape est d'un thomisme invétéré et d'un naturalisme navrant Une interview de Paul Thibaud, en Avril 1995, dans le quotidien InfoMatin (journal disparu depuis). La dernière encyclique du pape (Evangelium Vitae, 25 mars 1995) s’en prend à l’IVG, à la contraception et à la démocratie. Réactions du philosophe catholique Paul Thibaud. Le pape Jean-Paul Il publie en librairie sa onzième encyclique depuis son accession au pouvoir «vaticanesque». Un texte dans lequel il s'en prend très violemment à la contraception, à la légalisation de l'avortement, à l'euthanasie, à la procréation artificielle, aux examens prénataux. Dans lequel il stigmatise «la démocratie qui, en dépit de ses principes, s'achemine vers un totalitarisme caractérisé». Il soutient le mouvement anti-IVG même s'il condamne sa violence. Paul Thibaud, ex-rédacteur en chef d'Esprit, en fait l'exégèse. InfoMatin: Une encyclique dit-elle le dogme ? Paul Thibaud: Non, elle ne définit pas la doctrine de l'Eglise. C'est un élément de réflexion, une indication sur la pensée du magistère. Le clergé doit en tenir compte mais peut l'appliquer en fonction des cas qu'il rencontre. Un désaccord avec les préceptes énoncés n'entraîne pas l'exclusion. InfoMatin: Jean-Paul II dénonce la « culture de mort » à l'oeuvre dans les démocraties modernes, selon lui, à travers la légalisation de l’IVG, le recours à la procréation artificielle, les examens prénataux, comme si la maternité naturelle devait être le seul antidote à une modernité décadente. Paul Thibaud: C'est la question de la Nature qui est au centre du discours du pape et que l'on retrouve dans le thomisme. Pour saint Thomas d'Aquin, Dieu se manifeste autant par sa parole que par l'ordre naturel tel qu'il l'a institué à la Création. Aller contre, par l'avortement, est donc s'opposer à la volonté divine. Alors que notre morale moderne considère qu'un enfant est l'expression d'une relation subjective et psychologique entre son père et sa mère. Une conception qui admet qu'il est plus grave d'abandonner son enfant que d'avorter. Pour le pape, c'est le contraire. Le christianisme, qui s'est construit en opposition au respect de la Loi, du Décalogue tel que le définit le judaïsme, semble avoir eu besoin de compenser cette abolition de la Loi par une subordination à la Nature. La seule justification des positions du pape n'est-elle pas son inquiétude devant les progrès de la génétique et les risques d'eugénisme ? Paul Thibaud: Il y a un thème avec lequel je suis en sympathie, c'est celui de «la culture de mort»: la crise démographique est là pour le démontrer. Il y a une peur de l'avenir, qui s'accompagne et se nourrit de la volonté d'avoir un enfant parfait, de se garantir contre tous les risques. Avec le danger que l'enfant soit un objet décevant par rapport à l'attente. Mais je ne pense pas que c'est en dénonçant les techniques de procréation artificielle que l'on remédie à cette peur de la vie. C'est grotesque ! Ce qui me navre, c'est le naturalisme de l'Eglise catholique. Ce refus du symbolique, de transposer les exigences. Cette panique dès qu'on quitte les repères matériels. InfoMatin: D’où vient ce naturalisme? Paul Thibaud: De la volonté de préservation d'un pouvoir, de plus en plus imaginaire. Si l'Eglise se contentait d'énoncer des principes moraux, elle ne pourrait pas contrôler la qualité de leur respect et donc reprocher aux catholiques leur conduite. InfoMatin: Le pape a une vision apocalyptique de la situation et de la morale des hommes... Paul Thibaud: Il me semble que le pape se trompe en considérant que nos sociétés ne sont pas morales. Au contraire, elles ont une morale publique très exigeante. Les gens ne crèvent pas de cynisme mais de mauvaise conscience devant les injustices, la pauvreté, les guerres à l'autre bout du monde. Ils sont faibles. Ils n'ont pas les moyens de faire aboutir leurs fins morales. Ils voudraient se passer de prisons après avoir supprimé la peine de mort. Ils sont privés de repères. Le pape a tort de penser qu'on vit à la bonne dans cette société... InfoMatin: Dans quelle mesure les positions du pape sont-elles contestées dans l'Eglise? Paul Thibaud: Vous ne verrez aucun prêtre condamner un fidèle parce qu'il utilise une capote anglaise. Le clergé français n'en parle pas. Mais il n'est pas globalernent d'accord avec les positions du pape. Il faut se débrouiller entre la réalité et le dogme central. De ce fait, le langage de l'Eglise est paralysé. Propos recueilis par Béatrice Jérôme (Avril 1995) Autres lectures sur ce thème - Démoralisante morale. Un article de France Quéré dans Réforme de 1995. "...Mais si le pape s'adresse à l'univers entier, pourquoi laisse-t-il sa sincérité s'abîmer dans le mépris, pourquoi condamne-t-il au lieu de permettre les humbles moyens dont disposent les hommes pour atténuer leurs malheurs et avancer vers le mieux? Là où beaucoup se font un devoir de se pencher sur les problèmes posés par des situations concrètes, le pape n'hésite jamais: il n'y a pas de problème. Il y a le bien, qui est du côté de la vie, prise en son sens le plus matérialiste, et toutes les objections que soulèvent la détresse ou la complexité des faits ne sont que les émanations d'âmes dépravées. (...)" - L'encyclique Véritas Splendor, du 6 Août 1993 - La morale selon Jean-Paul II. Réponse protestante à une encyclique. Eric Fuchs. Une analyse critique mais non polémique de l'encyclique de Jean-Paul II Véritatis Splendor (la Splendeur de la Vérité) dans laquelle se reconnaîtront beaucoup de catholiques ne supportant plus l'avalanche de textes dogmatiques et désincarnés du Vatican en matière de morale. Labor et Fides. 1994. 64 p. - Lettre ouverte au Pape qui veut nous asséner la vérité absolue dans toute sa splendeur. Bernard Besret (ancien prieur de la communauté de Boquen). "Apprenez nous à être plus spirituels, et la morale nous sera donnée par surcroît". Albin Michel. 1993. 157 p. Nos pages sur: - 2000. L'IVG légalisée en France jusqu'à 12 semaines. - 1999. Fermeture des centres de planning familial catholiques en Allemagne sur la pression de Rome. L'Eglise catholique allemande face à l'avortement. La loi ou l'Evangile? - 1997 - 1998. Contraception. Les 30 ans de la loi Neuwirth et d' Humanae Vitae. |
|
||||||||||||
|
|