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Croyants en liberté Sarthe |
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En souvenir de notre ami Charles-Marie Guillet , théologien (1925-2002)
Charles-Marie Guillet est décédé le 8 mars 2002, à l'âge de 76 ans. Il avait participé à l'assemblé générale constitutive de notre association "Croyants en liberté" en décembre 1995 et à notre premier débat sur Eglise et démocratie. Puis, de nouveau, nous étions revenus avec lui sur cette question en 2000, à la suite de notre bulletin Qu'est ce que l'Eglise fondamentalement? dans le quel il avait écrit cet article: Evangéliser l'Eglise. Il avait écrit également à notre demande un article "Des conciles et synodes d'hier à ceux de demain" repris dans le hors série de la revue Parvis sur Synodalité et démocratie. Critique à l'égard d'une certaine forme de contestation facile parfois tentée, selon son expression, de "batifoler dans les marges", il estimait inlassablement qu'on était très loin d'avoir tiré toutes les conséquences de l'affirmation de Vatican II définissant l'Eglise comme "Peuple de Dieu". Nous lui sommes reconnaissants pour son amitié et sa fidélité, et pour l'exigence de son questionnement. L'itinéraire de Charles-Marie Guillet Mot d’accueil et de présentation lu le 13 mars 2002, en la cathédrale du Mans lors de la messe de sépulture de Charles-Marie Guillet, par Gérard Chénais, responsable de la formation permanente au diocèse du Mans. Il y a 4 ans, alors que nous fêtions ses 50 années de ministère presbytéral, Charles-Marie aimait à rappeler que - en fait - cela faisait 73 années de sacerdoce baptismal. « La seule façon d’aimer et de réaliser mon ministère presbytéral » disait-il, « c’est de bien le situer par rapport au sacerdoce de tous les baptisés. » Charles-Marie est né le 21 décembre 1925 à Neuville sur Sarthe, et il a été ordonné prêtre le 22 août 1948 à Solesmes. Etudiant à Rome, il gardera le souvenir d’une théologie scolastique qui enferme Dieu en formules et qui ne permet ni à la vie ni à la pensée de s’exprimer. De son séjour romain, il restera douloureux toute sa vie. En 1949, il est nommé professeur au petit séminaire de la Flèche, et en 1950 professeur au Grand Séminaire du Mans. Il y enseignera la philosophie et la théologie pendant de nombreuses années. Il s’y engage tout entier, mais sa liberté de parole lui vaut pour un moment d’être relevé de cet enseignement. Il en portera les stigmates toute sa vie. Pourtant ses élèves, devenus prêtres, peuvent témoigner aujourd’hui encore, combien Charles-Marie a été pour eux, un professeur au sens noble du terme, c’est à dire un éveilleur de consciences qui les entraînait à confronter les idées au réel, toujours exigeant. Il enracine là une vocation qu’il ne cessera d’approfondir : celle du théologien qui estime que toute action ecclésiale vraie requiert une pensée éclairée, et que toute pensée ne vaut que si elle vise l’action. Pour cela il dévore les ouvrages des philosophes et des écrivains contemporains. Qui ne l’a entendu citer Malraux ou Bergson ? Ses maîtres en théologie se nomment De Lubac, Congar, ou Chenu, ceux là même dont la pensée irriguera les textes du Concile Vatican II. L’événement du concile fut central dans la vie de Charles-Marie. Pendant les années du Concile et celles qui ont suivi, le séminaire du Mans fut un lieu bouillonnant. « Ce n’était pas rien » disait-il « de voir une autre Eglise chaque jour s’élaborer en commençant le cours par la lecture du journal du Concile, en débattant de tel ou tel point avec un curé, un aumônier , un militant…un évêque de passage dans la maison, qui venaient les uns et les autres voir ce qui se vivait et se cherchait, et y participer ! On y croyait ! Une Eglise rénovée arrivait ! signe du Christ et ouverte sur le monde». Malheureusement, assez vite, des réflexes de peur et des frilosités réapparurent dans l’église, mais Charles-Marie restera toute sa vie attaché au Concile Vatican II, particulièrement à la constitution Gaudium et Spes : l’Eglise dans le monde de ce temps. Ce sont ces convictions profondes qui l’ont conduit à sillonner le diocèse au guidon de sa mobylette pour aller à la rencontre du peuple des chrétiens et bien plus largement. . Car depuis 1969 Charles-Marie œuvre au sein de l’équipe de formation permanente du diocèse. Parmi tant de lieux et de mouvements d’Eglise qu’il a servis comme théologien, comment ne pas citer la Mission en Monde Rural ? Certains gardent des souvenirs forts des mois de pastorale rurale qui se déroulaient à la région ou encore des cycles de formation qui se déroulaient dans le diocèse, à Mamers, à Ballon, à Téloché... Dans les périodes de crise, il soutient le MRJC. En même temps, il accompagne la fédération des équipes apostoliques de religieuses; il est aumônier diocésain du mouvement des enseignants chrétiens. Il aiguillonne de sa réflexion des petits groupes informels, mais qui durent. A cause du regard critique qu’il porte sur une Eglise qu’il aime malgré tout, il permettra à des chrétiens critiques comme lui, de rester dans l’Eglise. Il est sollicité pour être le théologien de la Fraternité Catholique internationale des malades et handicapés. Tâche qui le conduit aux quatre coins du monde, qu’il assumera jusqu’au bout et qui le faisait vivre. Ceci ne l’empêche pas de rester très attaché à Neuville, sa paroisse d’origine, ainsi qu’au Centre de l’Etoile où il avait élu domicile. C’est là, au Centre de l’Etoile, comme dans toutes les paroisses où on lui demande d’intervenir qu’il se bat pour proposer une vision renouvelée du mystère chrétien. « Et si on prenait les choses par l’autre bout ? » aimait-il à répéter, un rien provocateur ! En fait cela signifiait pour lui, remettre l’essentiel de la foi chrétienne au centre, à commencer par la bonté et l’amour de Dieu pour les hommes, sa volonté que tous soient sauvés, croyants ou non ! La revue des amis du clergé, le journal la Croix, Témoignage Chrétien lui ouvrent leurs colonnes En dépit de cela, il garde le sentiment de n’être pas compris, lorsque le discours théologique devient ou trop dérangeant, ou trop engageant. C’est alors qu’il fait siens les propos du prophète Jérémie : « j’ai voulu me taire, mais il y avait dans mon cœur comme un feu dévorant, j’ai voulu le contenir mais je n’ai pas pu ! ». Sans concessions avec lui-même, Charles-Marie est demeuré jusqu’au bout, fidèle à ses convictions. Un texte qu'il aimait "Tu
m'as séduit, Yahvé, et je me suis laissé séduire; Chaque
fois que je parle, je crie, J'ai
dit: "je ne ferai plus mention de lui! Mais
il y avait dans mon coeur, comme un feu dévorant, (D'après Jérémie 20, 7-1) Bibliographie Charles-Marie Guillet a publié L'Eglise, communauté de témoins dans l'histoire, édition du Centurion, 1988. Evangéliser l'Eglise. Un texte de septembre 1999. La mission chez les autres et chez nous. Un texte de novembre 1999.
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