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Croyants en liberté Sarthe |
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Il est vivant ! Le Disparu de Pâques Le « Disparu de Pâques » inaugure un monde nouveau où les situations les plus désespérées se voient transformées radicalement. Louis Simon, pasteur de l'Eglise Réformée de France commente la résurrection. Cet article a été publié pour Pâques 2001 dans l'hebdomadaire protestant Réforme que nous remercions de nous avoir autorisé à le reproduire. « Amis, que votre vie, depuis Pâques, puisse rester fête en toutes circonstances ! » C'est cela la grande nouveauté de l'ère nouvelle. La fête de Pâques me conduit à proposer quelques remarques dont l'impertinence n'est qu'apparente car elles sont fortement arrimées à mon espérance en Jésus de Nazareth. Notre résurrection Depuis plusieurs années, nous avons appris à ne pas nous tromper sur notre résurrection : celle-ci n'est pas seulement (ni surtout) post mortem, elle qualifie dès maintenant notre vie actuelle. D'ailleurs le Jésus des Evangiles se préoccupe fort peu de ce qui a lieu après la mort. Son combat et son espoir, c'est de permettre (et de promettre) une vraie vie avant la mort. Le quatrième Evangile appelle cela la « vie éternelle », c'est-à-dire une vie qui transgresse notre vieille notion de temps et notre ancienne historicité : une vie qui ne s'usera pas, quoi qu'il arrive. A moins de « naître de nouveau » à cette vie-là, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. C'est en Ressuscité que Jésus guérissait les malades, les riches et les lépreux, non parce qu'ils croyaient en lui, mais parce qu'il était, lui, ce qu'il leur donnait : la vie. C'est en Ressuscité déjà qu'il pardonnait les péchés des religieux et les fautes des impies, qu'il bouleversait les vies des pauvres et des puissants. C'est en déjà-Ressuscité qu'il commençait à semer son monde nouveau, en pleine terre des hommes, bien avant le printemps de Dieu. C'est en Ressuscité qu'il effaçait, en les piétinant, toutes les frontières entre Judée et Samarie, Galiléens et Cananéens, Israël et Palestiniens, car il voulait que ce soit la vie, rien que la vie, qui envahisse le monde entier pour le labourer d'espérance. Oui, nous le savons bien désormais, vivre et croire en Jésus de Nazareth, c'est déjà participer à sa vie. Comme pour lui, notre résurrection n'est pas une posthistoire mais notre actualité à modeler en signe de Royaume. Il ne faut plus se tromper de résurrection. A Pâques, il ne faut pas, non plus, se tromper de Ressuscité. Si l'on met de côté, pour l'instant, le texte évangélique le plus ancien (Mc 16), on se trouve, au cours des lectures de scènes pascales, agressé littéralement par des récits d'apparitions qui, bien souvent, nous entraîneraient à nous tromper de Ressuscité, si nous ne nous souvenions pas de tout ce que nous avons redécouvert avec le Jésus déjà ressuscité tout au long de son ministère. Effectivement, dans une première série de textes évangéliques, le Ressuscité est devenu quelqu'un d'autre, quasiment un étranger. Il n'apparaît qu'à certains et ne fait que disparaître aussitôt. Souvent il ne communique que par le relais de créatures étranges que sont les anges. On sait qu'il a parlé naguère mais on constate qu'il ne parle presque plus. Si ce Ressuscité n'est plus le Nazaréen, nous nous sommes trompés de Ressuscité. Nous avons hérité d'un Chef glorieux, un Roi Tout-Puissant, un Zorro infaillible et sans faiblesse. A lui soient le Règne, la Puissance et la Gloire. Amen. C'est en ce sens que je me sens radicalement « chrétien » et non déiste. Croire en la Résurrection de Jésus, ce n'est pas découvrir sa divinité enfin dévoilée, pas du tout - mais au contraire retrouver, malgré sa mort, sa pleine et vivante humanité. Je ne veux pas me tromper de Ressuscité. Retour au quotidien C'est maintenant qu'il faut tenir compte de la rectification de lecture de l'événement pascal apportée par la finale ultérieure du quatrième Evangile. Effectivement, cette dernière finale du quatrième Evangile semble avoir été rédigée pour éviter aux lecteurs, mal aiguillés par Matthieu, Luc et le quatrième Evangile première édition, de se tromper de Ressuscité. Ici, tout est retour aux jours ordinaires. Ici, aucun ange mais des ouvriers. Le Ressuscité reprend le cours de son histoire là où il l'avait laissée en mourant, sans rupture ni hiatus. Il va même reprendre un de ses anciens miracles, bien connu de tous ceux qui le suivent depuis la Galilée, comme pour souligner que nous n'avons pas changé de Jésus, et qu'il y a continuité et permanence de l'identité, après comme avant la mort. Le Ressuscité est le même, et non pas un autre. Tout commence donc comme naguère sur les bords de la mer de Tibériade (Jn 21,1ss), avec des pêcheurs fatigués et amers : toute une nuit de travail pénible pour ne rien prendre ! Le Ressuscité vient alors, comme naguère, pour guérir leur tristesse et réanimer leur espérance : même cette méchante nuit n'était pas vaine, elle aussi est redevenue vie. Cent cinquante-trois gros poissons ! Pêche miraculeuse. Beaucoup plus miraculeuse qu'on ne croit car, d'ordinaire, pêcher, c'est enlever des poissons à la mer, leur ôter la vie, alors que désormais, à cette mer si pauvre en poissons, quasiment vide de toute vie, le Ressuscité ajoute une foule de vies nouvelles. Ainsi, maintenant, même la mer ressuscite, et même le travail des ouvriers peut recevoir double salaire, et plus encore ! Ensuite, le Ressuscité reprend l'histoire mal terminée du reniement de Pierre (21,15ss). C'est que, depuis Pâques, l'histoire de tous est renouvelée. Même les renégats peuvent devenir apôtres et bergers des agneaux du Maître pour que Jésus de Nazareth, comme avant, puisse rester à la tête des siens. Et, très curieusement, in fine, notre fausse question « pascale » est posée. Qu'est-ce que mourir, que devient-on après la mort, demeure-t-on quelqu'un et qui (Jn 21,10ss) ? La question est balayée comme nulle et sans aucune pertinence : « Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe, toi suis-moi ! » « Ne vous trompez plus de Ressuscité ! », corrige la finale du quatrième Evangile. Le Nazaréen poursuit son ministère. Il ne l'a nullement interrompu. Il n'est pas parti vivre ailleurs une autre histoire. C'est toujours lui que vous retrouverez à vos côtés, jusqu'au bout du chemin. Le tombeau vide Le texte original de l'évangile de Marc est le seul à avoir le courage de nous annoncer Pâques sans aucun récit d'apparition. Il y a ici une extrême sobriété qui impressionne, et qu'il faut respecter. Rien qu'un tombeau vide. Rien qu'une seule certitude : son corps a disparu. Un seul mot d'ordre : on ne peut le retrouver qu'en Galilée ; là il nous précède... C'est ainsi que naît l'Eglise du Disparu de Pâques : dans un grand cri d'alarme. « Son corps a disparu ! Ce lieu où il avait été déposé est vide ! Que tous donc, immédiatement, toutes affaires cessantes, partent à sa recherche ! Nul ne sait exactement où le trouver, mais comme nous le savons vivant, il ne faut plus tarder. Départ pour la Galilée ! » C'est ainsi que commence toujours l'Eglise. Cela s'appelle l'aurore, car Pâques, c'est toujours un matin ! Dès le début, à Nazareth, pour annoncer son programme, Jésus nous a montré comment il convenait de faire parler les Ecritures : choisir en elles tout ce qui parle du Royaume et d'espoir, et refuser tout ce qui parle de soupçon. Dans un des textes choisis, de l'Ancien Testament, on pouvait lire ceci : « Le Seigneur m'a envoyé pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres. » (Lc 4,18). Cela, il faut le garder, dit Jésus. Mais il avait coupé, et rejeté un autre bout de la même phrase qui poursuivait ainsi : « Et pour annoncer le jour de vengeance de notre Dieu... » Cette demi-phrase-là, c'est peut-être de l'Ecriture, dit Jésus, mais ce n'est pas de l'Evangile, alors, coupez ! A son école, il faut donc oser évangéliser les Ecritures et résolument prendre parti pour l'espoir contre la détresse, pour l'allégresse contre la catastrophe, pour l'amour contre la vengeance, même de Dieu ! Car ce n'est pas Matthieu, Marc, Luc, Jean ou Paul qu'il nous faut écouter, mais si possible le seul Jésus de Nazareth qui tient aujourd'hui encore à nous parler pour nous annoncer son Evangile. Fêter Pâques tous les jours de notre vie. Partir sans cesse, avec les frères, à la recherche du Disparu de Pâques. Louis Simon, in Réforme, Pâques 2001 Lire dans notre courrier des lecteurs, le commentaire d'un de nos amis sur le même sujet. |
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