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Croyants en liberté Sarthe |
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Herbert
HAAG.
Nous publions, grâce au travail de traduction de notre correspondant Jean Courtois, un livre du théologien suisse Herbert Haag, décédé le 23 Août 2001, à l'âge de 86 ans. Son point de vue, controversé, mais fondé sur une étude historique et biblique très argumentée, constitue une contribution au débat sur la réforme des ministères dans l'Eglise catholique romaine. On pourra lire sur ce même thème, mais dans un autre ton, Prêtres Laïcs, un couple à réinventer, de Jean-Pierre Roche, prêtre du diocèse de Créteil, aumônier en Mission Ouvrière, et théologien "de terrain", préfacé par Mgr Albert Rouet, évêque de Poitiers. Une analyse historique et actuelle très ouverte sur la question des ministères dans l'église catholique. (Les éditions de l'Atelier, 1999, 219 pages, 95 F). Ou encore la publication des CCB (Communautés Chrétiennes de Base de France) Célébrations et Agapés, Expériences et recherches 1970-1990, préfacée par Joseph Moingt, avec des contributions de Paul Abéla, Yves Burdelot, François Becker, Claude Bernard, Charles Wackenheim. Une réflexion théologique appuyée sur le vécu des communautés de base. (1991): quelles célébrations et quelles présidences, Ministères et présidence? Né
le 11 février 1915 . La "Fondation Herbert Haag" a été créée en faveur de la liberté dans l'Eglise et se met au service d'une foi catholique ouverte et orientée sur l'oecuménisme . Elle décerne des prix à des personnes et des institutions de Suisse et de l'étranger en reconnaissance de leur engagement pour la liberté d'expression ou de leurs actions courageuses dans le monde chrétien. Les récipiendaires ont été jusqu'ici le théologien Leonardo Boff (1985), le théologien Eugen Drewermann (1992), l'évêque Jacques Gaillot (1994), les Mouvements "Nous sommes Eglise" d'Allemagne et d'Autriche (1996), les théologiennes Elisabeth Goessmann et Elisabeth Moltmann (1997), la revue autrichienne "Kirche-Intern" (1998) ainsi que l' "Association catholique des Femmes suisses" et l' "Association des femmes concernées par le célibat en Suisse" (mars 2001). Lorsque Herbert Haag acquit en 1942 son Doctorat en Théologie , non seulement la politique mondiale mais aussi l'atmosphère régnant dans l'Eglise traversaient une période difficile . Les décrets romains datant des débuts du siècle et dirigés contre le modernisme et l'étude critique de la Bible étaient encore en vigueur et continuaient d'être promulgués . Ce n'est qu'un an plus tard , en 1943 , que parut l'encyclique "Divino afflante Spiritu" qui donna droit de cité à la méthode historico-critique dans l'Eglise Catholique . Haag a été le premier qui rédigea un commentaire de ce document à l'intention du "Mouvement Biblique Catholique de Suisse" (Schweizerische Katholische Bibelbewegung) qui a pris aujourd'hui le nom de "Société Biblique" (Bibelwerk) . Mais c'est surtout par la publication du "Bibellexikon" (Lexique Biblique) (1951-1956) dans lequel l'état des recherches a été évalué et exploité au service de la proclamation du message de l'Eglise que le Prof. Haag s'est fait un nom dans sa discipline . Diverses traductions ont assuré à cet ouvrage une diffusion dans le monde entier . En 1968 l' auteur en présenta une seconde édition entièrement revue et complétée . Elle est épuisée depuis longtemps et remplacée aujourd'hui par le "Neues Bibellexikon" (Nouveau Lexique Biblique) publié par Manfred Görg et Bernhard Lang qui est un élève du Prof . Haag . Ce qui caractérise la conception que l'auteur représente de sa discipline , c'est l'intérêt particulier qu'il attache à la proclamation du message de l'Eglise . Il s'est constamment opposé à une division de la théologie en deux parties , l'une réservée aux amphithéâtres universitaires et l'autre à la prédication en chaire et à l'enseignement religieux à l' école . Ce sont , bien au contraire , les doléances des enseignantes et enseignants en catéchèse qui l'ont amené à s'attaquer à des problèmes brûlants comme le péché originel , la croyance au diable , la morale sexuelle et à en promouvoir de nouvelles solutions à la lumière de la Bible . Et bien qu'il en résultât pour lui des difficultés au sein de l'Eglise , non seulement dans l'opinion publique mais aussi de la part du magistère , ses efforts ont eu pour conséquence un changement de mentalité dans l'Eglise officielle également . Son souci de promouvoir une Parole fondée sur l'Ecriture a aussi conduit le Prof . Haag à créer d'abord en Suisse puis en Allemagne un nouveau type de voyages d'études, ses "Voyages bibliques" aux pays de la Bible. La crise de la fonction de prêtre dans l'Eglise catholique romaine saute aux yeux. Quoi que l'Eglise officielle ait fait jusqu'ici pour y remédier, tout est resté sans effet. La pénurie de prêtres, des paroisses privées de l'Eucharistie, le célibat, l'ordination des femmes, tels sont les les symptômes des problèmes qui marquent, certes non pas à eux seuls, mais dans une large mesure, la misère actuelle de l'Eglise catholique. De plus en plus fréquemment on confie la fonction officielle de direction des paroisses à des laïcs qui - parce qu'ils ne sont pas "consacrés" - ne peuvent célébrer l'Eucharistie avec leur communauté, bien qu'ils en aient normalement en fait la mission. Dans l'Eglise primitive ce n'était pas là un problème. La célébration de l'Eucharistie était uniquement aux mains de la communauté. Ceux qui y présidaient en accord avec cette dernière n'étaient pas des gens "consacrés". C'étaient des membres tout à fait ordinaires de la communauté. Nous les appellerions aujourd'hui des laïcs, c'étaient des hommes, mais aussi des femmes, en général des gens mariés, mais aussi des célibataires. Ce qui primait, c'était la décision de la communauté. Pourquoi ce qui était alors possible ne le serait-il pas également aujourd'hui? Si Jésus a, comme on le prétend, institué le sacerdoce du Nouveau Testament, pourquoi alors ne peut-on rien en remarquer dans l'Eglise des quatre premiers siècles? Et de plus: les sept sacrements que connaît l'Eglise catholique ont été, dit-on, tous institués par Jésus. Mais il est difficile d'en apporter la preuve pour plus d'un d'entre eux. Jésus a beaucoup plus montré, par ses paroles et ses actes, qu'il ne voulait pas de prêtres. Il n'était pas prêtre lui-même, pas plus que ne l'était un seul des douze ni même Paul. On peut faire tout aussi peu remonter la fonction d'évêque à Jésus. L'hypothèse selon laquelle les apôtres ont institué des évêques pour leur succéder en prévision de la pérennité de leur fonction est insoutenable. Le ministère épiscopal est, comme toutes les autres fonctions ecclésiales, une création de l'Eglise, il s'est développé dans l'histoire. Et de la sorte ces deux ministères, celui d'évêque et celui de prêtre, sont constamment laissés à la discrétion de l'Eglise. Ils peuvent être conservés, modifiés ou supprimés. La crise de l'Eglise durera tant qu'elle ne se décidera pas à se donner une constitution, un statut selon lequel il n'y aura plus de place pour deux catégories - les prêtres et les laïcs - ceux qui sont ordonnés et ceux qui ne le sont pas, mais dans lequel il suffira d'une mission confiée par l'Eglise pour diriger une communauté paroissiale et pour célébrer l'Eucharistie avec elle. Et une telle mission pourra être confiée à des hommes et des femmes, des personnes mariées ou non. De la sorte le problème de l'ordination des femmes et la question du célibat seraient résolus d'un même coup. Quand on demande de ne pas accepter deux catégories dans l'Eglise, on rencontre avant tout l'objection qu'il y a toujours eu des évolutions institutionnelles que l'on ne peut qu'indirectement justifier à partir du Nouveau Testament. On cite entre autres comme exemple le baptême des enfants qui ne peut être expressément appuyé sur le Nouveau Testament, mais qui ne le contredit pas. Cependant l'évocation de telles évolution n'est soutenable que tant que celles-ci sont en harmonie avec les énoncés fondamentaux de l'Evangile. Quand elles les contredisent sur des poins primordiaux, elles sont illégitimes, insupportables et nuisibles. Et cela est vrai à coup sûr d'une Eglise de prêtres. Quand on interroge les témoins de la Bible et des premiers temps du christianisme, il s'avère avec une netteté convaincante que la hiérarchie et la prêtrise se sont développées dans l'Eglise en marge de l'Ecriture et ont été justifiées après coup dogmatiquement comme si elles en faisaient partie. Tout porte à penser que pour l'Eglise a sonné l'heure de réfléchir pour revenir à sa spécificité foncière. Je dois de profonds remerciements à Katharina Elliger et à Margot Höfling qui ont mis en forme mon manuscrit, à mes collègues Meinrad Limbeck, Willy Rordorf, Otto Wermelinger et Dietrich Wiederkehr pour leur assistance et leurs conseils de spécialistes. Ludger Kemler a, comme toujours, rempli d'une manière exemplaire ses fonctions de lecteur. Et je n'ai pu qu'admirer constamment la qualité des richesses et les prévenances du service de prêt de la Bibliothèque centrale de Lucerne. Je me permets de dédier ce livre en particulier aux fidèles des diocèses auxquels j'ai consacré directement mes services dans l'Eglise: ceux de Coire, Bâle et Rottenburg-Stuttgart. Lucerne, Nouvel An 1997. Voici ce que nous pourrons retenir : Dans l’Eglise catholique il existe deux catégories, les clercs et les laïcs, avec des différences dans les privilèges, les droits et les devoirs. Cette structure de l’Eglise ne correspond pas à ce que Jésus a fait et enseigné. En conséquence elle n’a pas eu d’effets positifs dans l’histoire de l’Eglise. Le Concile de Vatican II a bien essayé, dans ses approches, de jeter un pont sur le fossé profond qui sépare le clergé et les laïcs, mais il ne l’a pas éliminé. Dans les documents conciliaires aussi les laïcs apparaissent comme les auxiliaires de la hiérarchie et il n’ont aucune possibilité de faire valoir efficacement les droits qui leur reviennent. Jésus a refusé la prêtrise du monde juif et le culte des sacrifices sanglants de son époque. Il avait envers le Temple et le service religieux accompli dans ce Temple par les prêtres une attitude contestataire Il a annoncé le déclin du Temple de Jérusalem et Il a donné à entendre qu’il ne pouvait pas s’imaginer un temple à sa place. C’est pourquoi c’est la caste sacerdotale juive qui l’a livré à la Croix. Jésus n’a annoncé dans aucun de ses propos qu’il voulait établir parmi ses disciples une nouvelle prêtrise et un nouveau culte sacrificiel. Lui-même n’était pas un prêtre, pas plus qu’aucun des “ douze ” qu’aucun des apôtres, ni Paul lui-même. Et d’après les écrits du Nouveau Testament il ne devra pas plus y avoir une nouvelle prêtrise. Jésus n’a pas voulu qu’il y ait parmi ses disciples des classe ou des catégories. “ Vous êtes frères ”, voilà sa consigne (Mt XXIII,8). Et c’est pourquoi les premiers chrétiens se considéraient comme des “ frères ” et des “ sœurs ”. En contradiction avec cette consigne de Jésus, c’est une “ hiérarchie ”, une “ organisation sacrée ” qui s’est constituée au IIIème siècle. Ce qui a eu pour conséquence la scission des fidèles en deux catégories, le clergé et les laïcs, les “ consacrés ” et le “ peuple ”. La hiérarchie a réclamé la direction des communautés et surtout la liturgie. Elle n’a cessé d’étendre son pouvoir. Les devoirs des laïcs ont été de servir et d’obéir. En raison de l’extension universelle de l’Eglise, des ministères sont devenus nécessaires. Ceux-ci ont pu, comme nous le montre l’histoire, prendre les formes les plus diverses. Tous les ministères y compris celui de l’évêque, sont des institutions de l’Eglise. C’est pourquoi celle-ci a le pouvoir de les maintenir, de les transformer ou de les supprimer lorsque les circonstances le suggèrent. Depuis le Vème siècle la célébration de l’Eucharistie demande la participation d’un prêtre consacré par le sacrement. Depuis le Vème siècle l’idée se fait jour que la consécration à la prêtrise marque celui qui la reçoit d’une empreinte indélébile. Cette doctrine qui a été développée ensuite par la théologie médiévale a été élevée par le Concile de Trente (XVIème siècle) au rang d’article de foi irréfutable. Durant quatre cents ans ce sont des “ laïcs ” - au sens où nous l’entendons aujourd’hui – qui ont présidé l’Eucharistie. Ce qui montre qu’un prêtre consacré par le sacrement n’est pas nécessaire et ne peut être légitimé ni au nom de la Bible ni par le dogme. La condition nécessaire à la présidence de l’Eucharistie devrait en conséquence être non pas une consécration, mais une mission. Celle-ci peut être confiée à un homme ou à une femme, à une personne mariée ou non. Pour tous deux, homme et femme, il faut en quelque sorte réclamer le ministère d’Eglise dans sa plénitude, qui leur donne du même coup le pouvoir de célébrer l’Eucharistie. Herbert Haag. Traduction Jean Courtois, Lyon Le texte intégral du livre du professeur Haag La question de fond: Jésus a-t-il voulu une Eglise à deux catégories? - En format rtf , 474 ko, 75 pages, avec, à l'impression, sommaire paginé et notes en bas de chaque page. Recommandé pour imprimer l'ensemble du document après l'avoir enregistré en local. - En format html , 558 ko, 70 pages, avec, à l'impression, sommaire non paginé et regroupement des notes à la fin. 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