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Croyants en liberté Sarthe |
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Eugen Drewermann: Dieu en toute liberté Extrait de deux interviews de février 1997 d'Eugen Drewermann à Réforme et Témoignage Chrétien Eugen Drewermann, prêtre catholique, théologien et psychothérapeute, interdit d'enseignement et de ministère sacerdotal, vient de publier un nouveau livre "Dieu en toute liberté". Dans deux interviews de février 97 à Réforme et à Témoignage Chrétien, il développe son point de vue sur l'opposition entre le dogme et la foi. Extrait de l'interview à Réforme du 6 février 1997 Réforme. Votre livre propose une analyse dans le détail de la fixation sur le "dogme", maladie spécifiquement catholique selon vous et qui manifeste le refus de faire confiance au croyant... Drewermann. Qui agit comme Dieu le veut ? Qui est vraiment un croyant ? C'est la question qui est posée à Jésus dans le Nouveau Testament. On pourrait s'attendre à ce que sa réponse aux juifs soit: celui qui va au temple, fait célébrer les sacrifices par les prêtres, accepte les interprétations des rabbins, s'intègre dans la communauté juive... Mais Jésus donne une réponse beaucoup plus surprenante : c'est un Samaritain, un hérétique de l'époque, qui plaît à Dieu et agit comme Dieu le souhaite. Ou encore un centurion romain qui voudrait que son serviteur soit guéri. Celui qui est croyant, fidèle, est proche de son voisin lorsqu'il a besoin d'aide. En revanche, pour l'Eglise romaine, est fidèle celui qui a été baptisé, qui a appris tous les dogmes accumulés en 1 500 ans, qui sait les répéter, les citer avec précision. Cela n'a rien à voir avec l'humanité ni avec la liberté. Ce n'est pas ce que voulait Jésus, qui s'était approché des gens, les invitant à sa table, et pas non plus ce dont les hommes ont besoin. Tout ceci s'explique parce qu'on s'est fixé sur l'infaillibilité du magistère, considérée comme la chose la plus importante. Les dogmes, sorte d'acquis cimenté de la foi, ne représentent qu'une idéologie de la violence. Ce qui devait servir à interpréter la foi est devenu une fin en soi. Réforme. Vous dénoncez le dogme que l'Eglise a voulu opposer au doute, comme un refus que l'homme prenne des risques avec Dieu, qu'il se situe en tension vers Dieu. Est-ce aussi le refus que "croire" puisse être une envie, un désir ? Drewermann. La foi, d'après la définition de l'Eglise romaine, c'est l'apprentissage de vérités que l'on assène sans que pour autant quiconque puisse savoir ou prouver que c'est vraiment la vérité. La foi, dans le sens de la Bible, c'est la confiance dans le prochain et en Dieu. La différence est tout à fait claire. Dans la vie humaine, on a toujours besoin de surmonter le doute et de mûrir en le surmontant. Il peut toujours y avoir des situations où l'on a peur, où l'on doute. D'ailleurs, toute la Bible est fondée sur le doute. Job est l'exemple même du doute. Aujourd'hui avec l'Eglise romaine, il ne pourrait dire ce qu'on rapporte de lui ! Ses amis non seulement chercheraient à le convaincre de ne pas prononcer des choses pareilles, mais, en plus, le pape et les évêques lui diraient tu n'as pas besoin d'attendre que Dieu te réponde, nous sommes là, nous sommes ses vicaires sur terre, nous pouvons répondre à sa place... Dans l'Eglise d'aujourd'hui, le doute est déjà une faute, un péché, et c'est ainsi que l'on détruit la capacité de penser. On interdit le doute aux fidèles dès leur jeunesse, on les amène à la confession où tout est réglé d'avance, où le doute n'existe pas. On n'a plus besoin de savoir où est le vrai, ou est le faux : il y a tellement de gens qui savent! C'est exactement le -contraire du message de Jésus. Freud a dit très justement que la suppression des pulsions implique la suppression de la capacité de penser. Le contraire est vrai aussi : en supprimant la pensée, en imposant des dogmes, des pensées " prêt-à-porter ", on supprime en même temps la capacité de ressentir. Je souffre de voir que, depuis les Lumières, on a pratiquement fait sortir toute l'intelligentsia de l'Eglise parce qu'on enseigne un Dieu intervenant de façon arbitraire avec une administration agissant de façon tout aussi arbitraire. Les gens qui ont une recherche religieuse voient très bien que ce langage de l'Eglise et cette foi selon l'Eglise jurent avec ce qu'ils apprennent ailleurs. Or il est très important qu'il y ait un lien crédible entre la pensée des hommes et leur piété. Pourquoi toujours cette opposition entre rationalité et mystique, qui sont complémentaires ? Réforme. Selon vous, on a fait de symboles religieux des vérités objectives, qu'on prétend après coup confirmées par l'Histoire ; en même temps, dites-vous, le Christ présenté par le dogme n'a plus rien à voir avec le Jésus historique... Drewermann. La dogmatique romaine, telle qu'elle est présentée dans le Catéchisme universel de 1992, reste en effet très en dessous des connaissances que nous avons par rapport à l'exégèse des textes bibliques. Nous savons maintenant depuis deux cents ans, que ces textes ne présentent pas des informations historiques mais des expériences religieuses, relevant du domaine du symbole, de la Poésie. L'erreur est de chercher à retraduire la poésie comme si c'était un commentaire dans un journal. Certes, la poésie tient compte d'expériences historiques, mais ce n'est pas " l'histoire " comme science. Pour donner un exemple : il y a cent cinquante ans, pendant une semaine, l'écrivain danois Hans Christian Andersen a été amoureux fou d'une jeune femme. A la suite de ceci, il a écrit le conte de La petite sirène. En lisant le conte, on n'apprend pas même le nom de sa bien-aimée, mais si l'Eglise romaine voulait nous faire croire maintenant qu'il y a des petites sirènes dans la mer... cela ressemblerait plus à des racontars de vieux loups de mer qu'à l'histoire d'un amour magnifique. Réforme. Les protestants ne parlent pas de dogme, mais tout de même d'articles de foi... Où est la frontière ? Drewermann. Il est vrai que, déjà au XVIè siècle, la Réforme protestante s'est insurgée contre la papauté qu'elle comprenait comme un système absolutiste. En fait, les enseignements du christianisme ne doivent pas être des instruments de pouvoir, mais doivent pouvoir décrire les expériences religieuses que nous faisons. A ce moment-là, on peut très bien les exprimer dans le langage de notre temps. Mais il faut comprendre qu'on aide quelqu'un en détresse non par la force, mais par la confiance qui le porte au-dessus de l'abîme. Ni la morale, ni le dogme ne sont capables de produire ceci, mais la rencontre entre un homme et Dieu ou un homme et un autre homme. Si c'est cela, la théologie, dans ce cas je veux bien admettre qu'elle est nécessaire ! Extrait de l'interview à Témoignage Chrétien du 7 février 1997 TC. Les critiques que vous portez contre le magistère de l'Eglise ne vous empêchent pas de demeurer attaché de manière fondamentale au Christ... Drewermann. Jésus est une alternative importante dans la vie de tous les jours. Quand on lit le journal, on est tenté de répondre par la violence à la violence, par la punition au crime. Mais c'est l'homme de Nazareth qui m'apprend que le crime peut aussi trouver sa contrepartie dans la confiance, que la violence peut trouver sa contrepartie dans la bonté et la haine dans l'amour. Les hommes politiques, eux, ne pensent pas que le sermon sur la montagne puisse trouver une application politique. Pourtant Gandhi a prouvé que cela pouvait fonctionner. Je souffre de constater que 2 000 ans, nous ne nous soyons pas approchés d'un iota de ce sermon sur la montagne. Au contraire, nous nous en sommes éloignés. Si nous avons d'une part l'enseignement et le message de Jésus et de l'autre, les lois et les codes de l'Eglise romaine, on constate que ce n'est pas la même chose. Je suis chrétien parce que le message originel de Jésus est destiné aux hommes et c'est là que l'on trouve ce que l'on cherche. Jésus ne veut pas que les hommes soient des êtres sous tutelle, mais des hommes libres. Et compte tenu de l'état dans lequel se trouve l'Eglise institutionnalisée, il est indispensable que les hommes soient des chercheurs et des " cherchants ". TC. Beaucoup considèrent que la rénovation de l'Eglise ne peut venir que d'en bas. Quel est votre sentiment sur le mouvement " Nous sommes l'Eglise " ? Drewermann. Je souhaite tout le succès possible à ce mouvement. Nous ne pouvons pas attendre que l'on nous donne la permission de faire telle ou telle chose, que l'on décide pour nous si un prêtre a le droit ou non de se marier, de la place des homosexuels à l'intérieur de l'Eglise, si une jeune femme a droit ou non à la contraception. Si nous attendons, c'est comme si l'Eglise attendait toujours que ce soit le soleil qui tourne autour de la terre. Dire "Nous sommes l'Eglise", c'est une aspiration à une certaine émancipation et cette campagne de signature est un phénomène positif pour la foi à l'intérieur de l'Eglise. Commentaire de Croyants en Liberté Heureusement, un nombre important de catholiques, prêtres, religieux(ses), comme laïcs, a pris depuis longtemps sa distance par rapport au discours dogmatique de l'Eglise qui glisse sur les gens comme l'eau sur la plume du canard. Le problème, c'est que pour ne pas provoquer de conflit, presque personne ne proteste. Ce discours romain n'est pratiquement jamais repris à la base par les responsables catholiques. Mais il n'est pratiquement jamais non plus critiqué publiquement. Les catholiques doivent donc se débrouiller comme ils peuvent entre leur attachement à un Evangile de liberté et leur appartenance à une Eglise dogmatique que les gens ne comprennent pas. Lire aussi l'article de Rémy Hebding "Drewermann l'imprécateur" sur le site du Monde Diplomatique (juillet 1997). Et visitez le site de Réforme. Témoignage Chrétien n'est quant à lui, pas encore présent sur Internet. |
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