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Croyants en liberté Sarthe |
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Février 2000. Autriche. La droite modérée fait entrer au gouvernement un parti populiste d'extrême droite. Emotion en Europe: dans la tranquille et prospère Autriche (seulement 4,4% de chômeurs!), le mal nommé "parti libéral" FPÖ, populiste d'extrême droite, entre au gouvernement grâce à un accord avec la droite modérée du parti conservateur ÖVP. Nous reproduisons ci dessous avec l'accord de l'hebdomadaire protestant Réforme, un article d'Anne Emmanuelle Kervella qui évoque le mal être des autrichiens, en particulier celui de nos amis catholiques réformateurs autrichiens à l'origine de la requête Nous sommes l'Eglise ( 500.000 signatures en 1995). Egalement la déclaration du conseil oecuménique des Eglise d'Autriche: Résister au poison du racisme et de l'intolérance. Témoignage Chrétien, dans son numéro 2909 du 6 avril 2000, publie enfin plusieurs points de vue intéressants de chrétiens sur la situation en Autriche , extraits d'un forum en langue allemande sur Internet lancé par Wir sind Kirche d'Autriche. Après la nouvelle coalition au pouvoir, le mal-être des Autrichiens. Anne-Emmanuelle Kervella, dans Réforme du 10-16 février 2000. Que pensent les Autrichiens de l'arrivée au pouvoir du parti de Jörg Haider? Et de la montée de l'extrême droite en Autriche? Mais ce pays est-il le seul à ne pas s'être livré au nécessaire travail de mémoire sur son passé proche? L'anathème de l'Europe et des Etats-Unis s'adresse en principe à la nouvelle coalition gouvernementale qui s'installe à Vienne, mais tous les Autrichiens se sentent visés. « Je ne sais pas si vous pouvez imaginer ce que ressent Mme Tout-le-Monde quand elle est soudain clouée au pilori par le monde entier », dit tristement Ingrid Thurner, vice-présidente de Wir sind Kirche (« Nous sommes Eglise »), ce groupe de catholiques autrichiens qui, parti d'une simple pétition, a lancé un vaste mouvement réformateur à travers toute leur Eglise, au-delà des frontières. Elle insiste : « L'Autriche, c'est nous, les femmes et les hommes de ce pays - et cette Autriche est constituée d'un nombre infini d'êtres humains dignes d'être aimés et crus. » Non seulement ils se sentent montrés du doigt, mais la moutarde leur monte au nez quand les donneurs de leçon se sont jadis pris les pieds dans le tapis. Herbert Kohlmaier, ancien député du Parti populaire autrichien (ÖVP), nous propose une citation: «Qui a dit : "Je comprends la colère du père de famille qui reçoit le Smic pour prix de son travail, et qui s'en prend à son voisin étranger qui vit de l'aide sociale ; surtout lorsque l'on prend conscience des odeurs et du bruit qui lui sont imposés"? Non, ce n'est pas Jörg Haider, c'est Jacques Chirac.» On s'en souvient, en effet. Et d'ailleurs, à la question ironique de Herbert Kohlmaier - quel danger monsieur Haider fait-il courir à la France, à la Belgique, voire aux USA ? -, la réponse est que ce sont les homologues français, belges, américains et autres de Haider qui nous font peur. Car ils existent bel et bien. Conservateurs et socialistes Les Autrichiens s'impatientent du fait que nous ne comprenions pas la situation : le parti d'extrême droite peut apparaître comme l'unique solution pour débloquer cette logique proportionnelle qui oscille toujours entre deux formations, entre des conservateurs et des socialistes usés jusqu'à la corde. Ingrid Thurner, qui n'a pas voté pour Haider, plaide pour ceux qui ont tenté cette échappatoire : « Pendant des dizaines d'années, il n'y a eu chez nous qu'un seul système en vigueur, qui a laissé croître le mécontentement provoqué par un abus de pouvoir présumé ou réel. Y a-t-il une solution alternative meilleure, et qui ne déboucherait pas dans un délai très bref sur de nouvelles élections ? C'est ce qui m'inspire actuellement une crainte encore bien plus grande ! » Car les estimations disent que l'extrême droite, le FPÖ, s'en trouverait encore renforcée. Comment les Autrichiens voient-ils Haider ? « Il a le don d'exprimer le mal-être des gens », explique Herbert Kohlmaier. Oui, des tribuns qui ont le talent d'appuyer là où le bât blesse, nous en avons tous notre lot, en Europe. Monsieur Kohlmaier cite encore des séductions que nous connaissons bien : « Dans ses propos, Haider s'est toujours placé du côté des "braves Autrichiens", des "gens convenables", des "petites gens" contre "ceux qui nous gouvernent". Avec une sûreté instinctive, il s'en est pris aux scandales. Et aux soucis de parents dont les enfants se trouvent dans des écoles de banlieue, aux classes comportant une majorité d'élèves étrangers.» On a tout de même plus de mal à suivre Herbert Kohlmaier quand il ajoute : « C'est une erreur de voir en Haider le promoteur d'une force substantielle et politiquement extrémiste, avec des objectifs systématiquement poursuivis. Il est pour cela bien trop peu conséquent avec lui-même. Il change de position comme de chemise. » Car justement, si le gouverneur de Carinthie a docilement signé le texte du président Thomas Klestil professant la primauté des droits de l'homme et la condamnation du nazisme, on peut s'interroger sur la profondeur et la durée de cet assentiment. De son côté, Herbert Feichtlbauer, président de l'association Wir sind Kirche, tient à souligner que le FPÖ n'est pas un parti nazi. « Regardez son programme : un "oui" clair à la démocratie, aux droits humains. C'est la différence avec le NSDAP de Hitler. Jörg Haider lui-même n'est pas nazi, a condamné le nazisme en de nombreuses occasions et déploré l'Holocauste. » Mais il reconnaît que le parti de Haider s'est toujours montré « très opportuniste et populiste ». Amnésies françaises Le programme du FPÖ se trouve sur Internet. Les mots «libre», «liberté» et «libertaire» y sont abondamment employés, trop souvent pour que leur sens n'en soit pas dilué. On y trouve que «l'héritage historique et culturel de l'Autriche autorise à la fierté», ce qui commande de lutter «contre le nivellement culturel et les efforts toujours plus violents» de ceux qui veulent «détruire la fougueuse Autriche». La thèse bien connue du complot. On y lit que «l'esprit de notre époque se caractérise par des insultes en masse contre l'Autriche et tout ce qui est autrichien». D'où viennent ces insultes? Ce n'est pas précisé. Il paraît que c'est «surtout depuis que l'Autriche est devenue membre de l'Union européenne», bien que le parti s'affiche très pro européen. L'ambiguïté règne donc, et chacun des chapitres laisse planer le doute : rien n'est faux (que l'Europe soit fondée sur l'antiquité gréco-latine et sur le christianisme, que la famille soit la cellule de base de la société, que le droit et l'ordre doivent régner), mais jusqu'à quel point ? Jusqu'à quel prix ? «Ce qui me fait beaucoup réfléchir, commente l'ex-député Herbert Kohlmaier non sans humour, c'est que Kurt Krenne, le plus extrémiste des évêques conservateurs, a déclaré ouvertement sa sympathie pour lui!» On l'a beaucoup dit en France, mais le fait est plus significatif en l'occurrence quand des Autrichiens l'affirment : le drame nazi a été évacué des consciences autrichiennes. Selon Herbert Feichtlbauer, la jeune génération née dans l'après-guerre «a grandi dans une société libre et bien organisée dont le bien-être allait croissant. Elle a accepté tout cela comme allant de soi et a opposé une incompréhension plutôt marquée par l'indifférence aux événements de la première moitié du XXe siècle». Là encore, la France (par exemple) serait bien en peine de jeter la première pierre - elle qui digère mal sa période collaborationniste, qui n'arrive pas à analyser, déplorer, nettoyer ses relations coloniales et postcoloniales. Oui, cela a été dit maintes fois, mais puisque la question n'est pas résolue et que nous donnons notre avis aux autres sur leur oublieuse mémoire, ne faut-il pas le redire ? D'ailleurs, nos amnésies sont parfois collectives : «Le FPÖ a déjà été au gouvernement sous un social-démocrate, de 1983 à 1986, remarque Herbert Feichtlbauer. Son chef d'alors, Friedrich Peter, avait été officier de la Waffen SS, tandis que Haider n'a jamais joué de rôle sous le nazisme, en raison de sa jeunesse.» Qui l'a rappelé ces jours derniers ? Herbert Feichtlbauer conclut : «L'Autriche est un pays pacifique, dans lequel les conflits sont réglés dans la bonne humeur et la cordialité. A moins que... on ne les refoule, tout simplement » Car nous ne sommes pas seulement au pays de l'Anschluss, mais dans celui qui a inventé la psychanalyse, sans laquelle nous ne connaîtrions pas grand-chose de l'âme humaine. Et le Conseil oecuménique des Eglises le sait bien (voir ci-dessous). Déclaration du Conseil oecuménique des Eglises en Autriche, dont est membre l'Eglise catholique : «Résister au poison du racisme et de l'intolérance» Toute femme, tout homme - indépendamment de son sexe, de sa religion et de sa nationalité - a la même dignité et les mêmes droits. Cette conviction fait partie du fondement de la foi chrétienne, de toute conception humaniste de l'homme et aussi de la Déclaration des droits de l'homme. Il s'agit du mécanisme psychique bien connu de « transfert », lorsque les personnes projettent sur d'autres hommes et femmes les peurs qui pèsent constamment sur notre vie et font d'eux des boucs émissaires. Ce mécanisme explique les refus et les préjugés, mais il produit l'injustice et ne résout aucun problème. Nous voulons une information complète et une discussion publique là où - en raison de langues, cultures et religions étrangères - se produisent des heurts et jaillissent des peurs. Nous sommes prêts à prendre l'initiative de rencontres et discussions, à nous efforcer d'écarter les malentendus et de rendre possible une meilleure vie commune. Cependant, nous réfuterons avec force toute affirmation infondée, toute accusation globale et encore davantage toute discrimination religieuse et raciste, et rappellerons aux personnes qui n'y renoncent pas la portée de leur responsabilité. Nous demandons instamment à tous nos concitoyen(ne)s de résister au poison du racisme et à la peur de l'autre et de l'étranger, de faire tout ce qui est dans leur pouvoir afin que nous puissions devenir une société juste, humaine et tournée vers l'avenir. Autres articles Voir également l'article sur le journal suisse Webdo: "cette terre qui fait de Haider un prince". Voir aussi le dossier du journal Le Monde sur la situation politique en Autriche. |
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