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Croyants en liberté Sarthe |
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Les 40 ans de Vatican II Deux émissions télé et radio traitaient du bilan de Vatican II le 6 octobre 2002: Agapé sur France 2 Le club de la presse des religions sur France Culture Eglise et société, 40 ans après Vatican II Compte rendu d'écoute de l'émission Agapè du dimanche 6 octobre 2002, une émission bimestrielle commune de Présence protestante et du Jour du Seigneur, le dimanche matin sur la chaîne de télévision France II. Ce dimanche 6 Octobre 2002, Martine Chardon recevait (par ordre alphabétique):
21 conciles se sont déroulés depuis Nicée ; chacun d'eux fut réunit dans une situation de crise. La convocation de Vatican II est accueillie dans la stupéfaction, puis dans l'interrogation. La Curie tente d'abord d'en réduire l'amplitude au minimum ; il s'agirait juste d'un toilettage. Derrière le paravent liturgique reste le débat sur la liberté religieuse. Le Concile est commencé par Jean XXIII (qui meurt en juin 1963) et achevé par Paul VI. Luc Pareydt s.j. précise immédiatement que Paul VI a le courage de faire le geste de terminer ce concile car il n'aurait pas eu l'audace de la réunir. Vatican II marque aussi l'entrée de l'église Catholique dans le monde de l'image télévisée par la retransmission de l'ouverture du Concile. Situation des intervenants au moment du Concile
Pourquoi Jean XXIII réunit-il un Concile? Luc Pareydt s.j. : Le contexte culturel l'exigeait depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. L'église Catholique ne pouvait plus vivre dans l'univers fermé de la tradition : elle devait préciser son rapport à la vérité devant l'accès de tous aux biens culturels. L'évangile présenté au risque de l'histoire, aurions-nous encore cette audace aujourd'hui ? Gilles Daudé Au départ, il y eu une réaction de méfiance chez les protestants. Cela faisait une trentaine d'années que le C.OE.E attendait les positions de l'église Catholique. Les positions les plus attendues étaient celles sur le racisme et la liberté de conscience. Dès l'ouverture, Visser T'Hoof pose la question de la liberté de conscience. Antoine Casanova L'église Catholique existe d'une façon plus libre et participative. Devant les problèmes du 19ème siècle, elle était un drôle de témoin. Dominique Duval Les problèmes sont divers :
D'une certaine façon, l'église Catholique fait son aggiornamento plus tôt que le communisme ; mais allait-elle aller jusqu'au bout question par question ? Les résultats furent peu mis en oeuvre. Christophe Geoffroy On ne peut nier que le concile Vatican II est le grand évènement de l'histoire de l'église Catholique au XXème siècle, mais les raisons de sa convocation remontent à la Révolution Française. L'église face à la modernité est un faux problème ; victime de la Révolution Française, depuis l'église est sur la défensive. La situation de crise qui vient d'être évoquée naît plutôt dans les 10 années qui suivent le Concile. Jean Paul II a particulièrement pointé les aspects négatifs de la modernité. Luc Pareydt s.j.: La crise qui traverse l'église Catholique mature dans l'opinion publique après la 2ème guerre mondiale, avec la révélation des camps, de la résistance, des prêtres ouvriers. Il est heureux que se soit ouvert un débat intérieur sur les échos du monde de l'extérieur. Gilles Daudé La situation évoquée me semble un peu franco-française ; certes, elle retentit secondairement sur le Concile. Le débat entre la théologie catholique et les protestantismes, conçus comme modernité, dure depuis le début du 20ème siècle. Le rejet du C.OE.E. est très bien montré par Congar. Les observateurs au Conciles étaient donc très perplexes. Quels sont les textes qui vous semblent les plus importants? Agapè : Sont-ce les textes qui parlent de la liberté religieuse, de l'ouverture aux autres confessions, de l'ouverture à une culture contemporaine ? Luc Pareydt s.j. :
Antoine Casanova
Dominique Duval. On se trouve devant un paradoxe : le dialogue est bien engagé avec le judaïsme, moindre avec l'Islam tandis que la situation demeure meilleure dans les deux cas évoqués que dans le dialogue avec les autres chrétiens. Gilles Daudé. C'est vrai : au fondement de la liberté religieuse, il y a la recherche a priori en chaque être humain. Elle se trouve forcement en tension avec le souci éternel de l'église Catholique de répandre une "vérité catholique". De ce fait, l'oecuménisme se révèle teinté de prosélytisme dans la pratique et c'est ce qui bloque la réflexion qui avance actuellement à la pince à épiler et à la brosse à dents comme dans l'archéologie (sic). Christophe Geoffroy. La liberté religieuse est un progrès. L'oecuménisme existait avant Vatican II sans manifestation particulière qu'elle trouve avec Vatican II. Pourquoi dialogue-t-on ? Dominus Jesus recadre les choses pour les catholiques. Le but ne doit pas être un plus petit commun multiple ; avec les autres religions les divergences sont importantes et l'égalité est humainement impossible. Il faudrait voir à éviter l'utopie. Le Catéchisme de l'église Catholique de 1992 rend hommage aux travaux du Concile et à la continuité de la liberté religieuse. C'est là son avantage. Dominique Duval. L'antisémitisme n'a plus de fondement théologique. Le journaliste rappelle le passé antisémite du journal. La Croix et les conséquences pratiques du concile qui mena à une relecture systématique de tous les articles afin de faire disparaître toute expression qui pourrait laisser suggérer cet antisémitisme traditionnel. Ceci représente une rupture. Gilles
Daudé. Il faudrait maintenir la continuité
du Concile sur l'ouverture. Or, les textes du Concile maintiennent une ambiguïté
permanente dans le texte sur laquelle nous ne pouvons être d'accord. "L'église
Catholique a toujours enseigné et voulu la liberté religieuse" :
nous ne sommes pas d'accord et nous sommes en quelque sorte payés pour savoir
que cela n'a pas toujours été le cas. Il est donc un peu dur de l'entendre
dire. Luc
Pareydts.j. : "est OK avec Daudé",
selon sa propre expression. Comme catholique, il se sent mal à l'aise dans
cette ambiguïté. Le rapport à la vérité ne peut être possessif ; dans tous
les cas où il l'est, cela instaure et suscite des pratiques barbares comme nous
l'ont enseigné la résistance et la collaboration. La question de notre rapport
à la vérité n'est donc pas fermée. Christophe Geoffroy La rupture avec l'anti-sémitisme est essentiellement due à la SHOAH. Si Pie XII n'a rien dit, Pie XI, lui s'était prononcé. Antoine Casanova L'ambiguïté est une caractéristique fondamentale à double visage : la réalité et les textes sont en liaison avec l'époque. Luc Pareydt s.j. : Le débat est donc ouvert :
Dominique Duval. On trouve dans les textes même la contradiction interne qui suscite la mise en oeuvre du Concile puis lui porte un coup d'arrêt.. De même que 1968 suscite une critique de 1968, il faudrait faire une critique du Concile. Comment l'église Catholique a-t-elle pu se prononcer contre la contraception ? C'est l'un des éléments qui contribue à la création du fossé qui n'a cessé de s'approfondir ensuite. Anecdotiquement, entre 1968 et maintenant, on est passé d'une France qui ne comportait que 10% de personnes se déclarant sans religion à une France où 50% des personnes se déclarent sans religion. Dans
cette déperdition, Humanae Vitae a son rôle comme la place proéminente
donnée au débat catholique sur la morale sexuelle. Christophe Geoffroy. DUVAL méconnaît la réalité de l'église Catholique. L'église ne peut dire autre chose sur la contraception parce que telle est la position de l'église. L'église Catholique ne peut avoir d'autre message. Luc Pareydt s.j. On ne peut dire que l'église Catholique ne changera jamais de discours. Elle en a, d'ailleurs, souvent changé sur d'autres questions. Mais aujourd'hui se posent d'autres questions plus importantes que de savoir qui possède la vérité ou non. La certitude est une prison qui ne peut accompagner en conscience les questions au moment où elles se posent. La réponse à cette question "Et vous qui dîtes-vous que je suis ?" ne saurait être forcée. Gilles Daudé. Pour l'instant, en ce qui concerne la révélation, il n'est toujours pas permis d'emprunter d'autres voies que celles du magistère. Comme le dit Pareydt :, la question demeure du rapport de l'église Catholique à la vérité et à l'autorité. Cette question est terriblement actuelle et s'applique plus largement qu'à nos seules églises : comment une formulation pourrait-elle être immuable ? Quelles sont les urgences? Dominique Duval. Est-ce Vatican II qui accentue le déclin du catholicisme ou bien est-ce l'échec de Vatican II parce qu'on n'est pas allé au bout ? Selon le journaliste, c'est la deuxième hypothèse. L'église Catholique a besoin d'un Vatican III qui trouve des réponses nouvelles à des questions nouvelles. En attendant, les gens prennent ailleurs leurs réponses. Antoine Casanova. Il faudrait poser de manière qualitativement nouvelle
Je n'ai rencontré l'église Catholique que dans ses positions jubilaires sur l'abolition de la dette qui réunissait, pour une fois, Jean-Paul II et le C.OE.E. Christophe Geoffroy. Ce sont de faux problèmes. Un certain nombre de choses sont irréformables, la question des femmes, par exemple, est close. Un Vatican III n'est pas nécessaire. Vatican II n'est pas annulé : L'esprit n'est pas d'être appliqué dans sa lettre. Il faudrait redresser la barre dans un sens plus traditionnel et les églises se rempliraient. Nombreux sont les demandeurs de belles liturgies. Luc Pareydt s.j. Il faudrait appliquer les audaces de Vatican II : l'église sera révolutionnaire ou ne sera pas. Gilles Daudé. S'aventure à parler de "Ecclesia Semper Reformanda" en précisant que cela appartient aussi au vocabulaire catholique même si l'expression a été reprise à la Réforme. Cela signifie l'insertion dans un monde qui évolue, être du monde et de l'Ecriture, ce qui crée forcement une tension. Il reprend la formulation de Luc Pareydt s.j. : questionner le rapport à la vérité et à l'autorité. Compte rendu d'écoute de l'émission Le club de la presse des religions, sur France Culture (chaque dimanche matin à 7h30) Ce dimanche 6 Octobre 2002, Jean-Luc Mouton, (responsable des questions politiques au service France du quotidien La Croix) et Michel Cool, (rédacteur en chef de Témoignage chrétien), recevaient les invités suivants: - Jean-Louis Schlegel (éditeur au Seuil, Membre du comité de direction de la Revue Esprit) - et Michel Leplay, (pasteur, théologien) Situation des deux intervenants dans la période de Vatican II * Jean-Louis Schlegel est au petit séminaire, dans l'est de la France. Entre 1960 et 1964, il vit un moment de joie où les prêtres enseignants le sensibilisent à la question. Toutefois, il note le contraste entre l'importance de l'événement et la vie quotidienne des élève très tranquille et protégée. * Michel Leplay est pasteur à Amiens depuis 1951. L'oecuménisme y était quelque chose de "très prudent", "le plus souvent limité à la récitation commune du Notre Père dans certains salons, suivi d'un verre de Porto, et l'on s'en va". Il organise des groupes de travail et fait venir des conférenciers. Michel Leplay rappelle qu'en 1951 l'oecuménisme est une idée neuve de 50 ans d'âge pour les protestants et que l'idée entre en France autour des années 1930. Qu'est-ce qu'un Concile? Les journalistes rappellent les 3 conciles de 4 derniers siècles : *
Trente (1540-1560) Jean-Louis
Schlegel souligne que le concile était parti pour une "réformette"
sans trop bouger le statut de Mater et Magistra de l'église Catholique. A la
réalisation, on s'est retrouvé devant "La" réforme de l'église
Catholique, l'aggiornamento, quasiment dès le début des débats quand le
Cardinal Liénard récuse le système des diverses Commissions mises en place
par le Saint-Office, lesquelles avaient tout préparé. Il demande un véritable
débat, dans lequel les experts joueront un rôle plus important que Grâce
à eux seront débattus et adoptées les thématiques de : Quel texte vous semble le plus novateur? Pour
Michel Leplay, c'est bien évidemment Unitatis Redintegratio, l'un des
derniers textes votés, qui hésite entre un ton chaleureux même s'il
maintient l'affirmation d'une autorité de l'église Catholique sur les frères
qui ne sont plus que "séparés". Il marque donc une réserve
particulière vis Pour
Jean-Louis Schlegel, les textes les plus importants sont trois : Les journalistes soulignent que le grand public n'a retenu que deux points de ce concile : l'abandon du latin et de la soutane comme si le renouveau était improbable. Pourtant, l'affirmation que la source de la foi est la Bible n'aurait pas dû passer inaperçue ? Ici et là se mettent en route des groupes d'étude biblique et, "pour ceux qui les fréquentent, ajoute Michel Leplay, les catholiques rattrapent d'une certaine façon les protestants". Le
combat théologique demeure pour : L'ouverture au monde a produit une réaction. Vers 1970, les chrétiens entrèrent en politique comme on entre en religion. La théologie de la libération fut mal perçue par la hiérarchie. C'était une vision éliste de croire que les textes votés seraient appliqués tels quels. Aujourd'hui ? On veut régler son compte au Concile. L'identité catholique est perturbée ; une demande identitaire surgit relayée, en haut, par Jean Paul II et, en bas, par nombres de groupes à l'intérieur de l'église Catholique et même par des intellectuels non-chrétiens qui demandent des éléments repérables et de "belles litugies". Il faut comprendre cette perte d'identité ; le concile eut à comprendre ce qui était arrivé à l'humanité : *
3 guerres, Les églises ont éprouvé le besoin de nettoyer devant leurs portes en mesurant ce qu'elles avaient fait et surtout ce qu'elles n'avaient pas fait. Soudain "l'église servante et pauvre" n'est plus seulement un slogan, comme on l'avait cru lors de l'interruption de l'expérience des prêtres ouvriers en 1954, celui d'une église des ambassades et des notables. Jean-Louis Schlegel constate qu'on aborde une période de retour en arrière. Il observe que si l'église Catholique s'est liée à l'homme et livrée à l'histoire, cela tient plus des évènements de 1968 que du Concile et de son effet de nouveauté. Les départs [de prêtres] de 1968 ont probablement laissé plus de traces que le Concile dans l'interrogation de la hiérarchie autour du corps, de l'individualisme, des sciences humaines. Il s'agissait de combler le retard d'un train, il y a quarante ans et l'on, constate aujourd'hui, ajoute Michel Leplay "qu'il faut plus d'un petit remorqueur pour aider à la manoeuvre d'un transatlantique". La mécanique de conversion inaugurée avec le concile n'a pas trouvé sa vitesse d'efficacité. La remontée du handicap biblique sur les anglicans et les réformés a suscité chez les fidèles catholiques des courants et des échanges de sympathie. Dans la situation actuelle, la hiérarchie a surtout peur que tout échappe à son contrôle. Elle opère donc un coup de frein ; le texte Dominus Jesus remet les catholiques à l'heure de Rome et les met en retard sur l'histoire qui avance. "Il reste à faire un Vatican III, conclut Jean-Louis Schlegel, qui serait vraiment oecuménique. Le christianisme est interpellé. Vatican I fut romain, Vatican II fut le concile du christianisme catholique, il faudrait un Vatican III qui serait d'un christianisme réellement évangélique". Notes d'écoute prises par Le Mulot Le Pharisien libéré - 6 Octobre 2002 |
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