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Croyants en liberté Sarthe |
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Janvier 2004. Questions décalées à propos du Manifeste de l'OCL (Observatoire Chrétien de la laïcité) Les interrogations de Croyants en liberté Sarthe sur cette initiative. Plusieurs associations membres du réseau Parvis ont publié en septembre 2003 un manifeste pour la laïcité que l'on trouvera sur le site de Parvis, et créé un Observatoire Chrétien de la Laïcité. Au sein de notre association, ce texte soulève un certain nombre de questions que nous développons ci dessous. Peu d'objections sur le fond du texte Nous formulons cependant une réserve sur l'article 7 qui interdit de fait d'inviter "es qualité", dans des comités d'experts (sur immigration, IVG, PACS, divorce, mariage famille, solidarité, exclusion, etc.), des responsables religieux ou philosophiques. Nous ne sommes pas choqués si, en République, l'on consulte les représentants des églises, des religions, de courants philosophiques comme les francs maçons, et si des experts reconnus pour leur appartenance à telle ou telle de ces familles, siègent dans ces comités traitant des questions d'éthique ou de société, du moment qu'il s'agit bien de consultation et pas de vote, prérogative réservée aux seuls élus du peuple (députés, conseillers municipaux, etc..). Consultées officiellement ou pas, les Églises ont le droit de s'exprimer sur les questions éthiques, économiques, sociales, internationales. Nous ne nous reconnaissons pas non plus dans la critique de la notion de « laïcité ouverte », expression couramment employée dans les débats actuels y compris par des gens très étrangers à toute idée de restauration cléricale. (cf plus bas un extrait d'une interview de Marie-Georges Buffet secrétaire nationale du Parti communiste Français, plaidant pour une laïcité ouverte de "coopération"). Voir également cet article Pourquoi je soutiens l'appel de Témoignage chrétien pour une laïcité ouverte (2000) Nous ne sommes plus en 1905 Sur l'opportunité du texte, notre question est "Y a t il péril de chrétienté en la demeure?". Et notre réponse, avec beaucoup d'autres est "non, nous ne sommes plus en 1905, et cette inquiétude relève largement du fantasme d'une impossible restauration cléricale". L'Église catholique en particulier est dans une telle situation de crise, et de perte d'influence sociale, qu'elle ne mérite pas tant de considération, même si de leurs côtés, quelques évêques, quelques traditionalistes ou intégristes, le pape lui-même sans doute, développent eux aussi un fantasme de restauration catholique identitaire à forte influence sociale et politique. Tout cela nous paraît un peu décalé par rapport à la réalité des sociétés françaises (et européennes, y compris irlandaise ou polonaise en voie de sécularisation accélérées) en 2003, si profondément et irréversiblement sécularisées. La laïcité serait-elle un dogme univoque ? Nous n’avons pas de conception dogmatique et sacralisée de la « laïcité ». Il y a toujours eu des débats avant 1905, en 1905, et tout au long des 100 dernières années, à l’intérieur du courant laïque, sur la façon de concevoir et de mettre en œuvre concrètement la dite laïcité. Statufier la laïcité et faire comme si il n’y en avait jamais eu qu’une seule interprétation univoque est contraire à l’histoire. Tous les dogmes sont relatifs (à un contexte historique, culturel, politique donné) y compris les dogmes laïques. Voir cet article d'Alain Gresh sur la genèse de la loi de 1905. Un texte insuffisant par rapport au projet de Parvis Sur les orientations et le discours de Parvis et des associations signataires: cela n'est pas gênant, et peut même être utile, de redire clairement notre attachement à la laïcité à la française, compte tenu du passé difficile de notre Eglise sur le sujet. Mais à condition que nous sachions davantage tenir aussi un discours de foi et d'évangile, confronté aux autres convictions, et confronté au monde tel qu'il est aujourd'hui. A condition que nous sachions dire le positif du phénomène religieux lui même en général qui n'est pas QUE dangereux, même si la laïcité est aussi (d’abord) un sain principe de précaution contre le risque de violence que porte en elle toute démarche religieuse vers l’absolu. Dire et reformuler la foi sur les Parvis, et ne pas seulement brandir des boucliers contre les menaces de dérive religieuse. En particulier sur la question de l'Islam Le texte du manifeste enfin ne traite pas explicitement de l'Islam qui est la vraie question difficile de la laïcité en France aujourd'hui, et pour laquelle un manifeste aussi général est très vite insuffisant par rapport à la multitude des questions concrètes qui se posent. Quelle attitude par rapport au voile à l'école ? Faut-il subventionner la construction de mosquées et la formation d’imams français ? Comment développer l’enseignement des faits religieux à l’école publique ? Quelles initiatives prendre pour le difficile mais nécessaire dialogue islamo chrétien et inter religieux en général? A la télévision, nous voyions récemment un reportage sur les Sikhs, réputés pour leur tolérance , qui envisageaient de quitter la France si une loi interdisait le port de signes ostensibles à l’école publique. Le reportage montrait en revanche comment certains de ces mêmes Sikhs étaient intégrés dans la police anglaise en conservant leur turban pendant leur service! De quoi nous interroger… Notre responsabilité particulière de croyants et de chrétiens dans ce débat N’avons nous pas en revanche une interpellation spécifique à lancer à tous les croyants et femmes et hommes de conviction: relire de façon critique nos diverses traditions - religieuses et non religieuses - et faire le tri entre ce qui est éternel, au cœur du message que nous portons, et ce qui est contingent et accessoire, lié à un moment historique et culturel donné, et peut ou doit en conséquence être réformé pour s'adapter à d'autres temps. Comme chrétiens en particulier, et sans vouloir faire la leçon à qui que ce soit, nous nous souvenons que nous sommes non seulement les disciples de Jésus, qui disait déjà que le sabbat est fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat, mais aussi les héritiers de Paul, l'apôtre de l'universalisme, pour qui, « en Christ, il n’y a plus il n'y a plus ni hommes ni femmes, ni Juifs ni Grecs, ni hommes libres ni esclaves ». (Galates 3, 28). Affirmant la primauté de la foi sur la loi, Paul a relativisé jusqu'à les rendre non nécessaires certains rites comme la circoncision ou les interdits alimentaires. C'est cette liberté qu'il nous faut réactualiser aujourd'hui. Sur ce thème, on lira avec intérêt Alain Badiou, Saint Paul, la fondation de l'universalisme. Et pour ne pas évacuer les questions que soulèvent certains écrits de Paul par exemple sur les femmes, cet article également : Paul et les catégories culturelles de son temps. C'est cette liberté qu'il nous faut réactualiser aujourd'hui. Et c’est peut être là notre contribution spécifique à ce débat ? Extrait d’une interview, également décalée, de Marie Georges Buffet, secrétaire nationale du Parti Communiste Français, dans La Croix du 20 novembre 2003: "La manifestation d'une identité religieuse dans l'espace éducatif ne saurait être considérée comme une insulte à la République si elle se fait dans le respect des missions de l'école", (…) C'est pourquoi j'ai plaidé pour une laïcité ouverte, ferment de citoyenneté et de démocratie. Je pense qu'il nous faut franchir une étape en inventant une véritable laïcité de coopération, comme l'ont affirmé également certains chercheurs. Je m'interroge sur la nécessité d'ouvrir un certain nombre d'instances de conseil et de débat dont se dote la République, à la présence active de personnalités représentant des courants religieux ou philosophiques. Nombreux sont ceux qui, au nom de leur foi, de leurs convictions sont vivement intéressés au vivre ensemble des hommes et des femmes de ce pays et de cette terre. Au nom de la République, voilà le nouveau défi d'une laïcité de notre temps." Position provisoire de Croyants en liberté Sarthe sur le projet de loi sur l'interdiction des signes religieux ostensibles à l'école publique (janvier 2004) La question de l'opportunité de la loi est dépassée. On voit difficilement comment le projet n'aboutirait pas même si le détail du texte reste à écrire. Les réserves sur le principe ou l'efficacité d'une loi de la part des Eglises chrétiennes, de certains partis politique comme les Verts, du Parti Communiste, ou l’UDF, ou plus récemment encore de la Ligue des Droits de l'Homme et de plusieurs autres organisations laïques et syndicats enseignants (FCPE, Ligue de l'enseignement, MRAP, FSU, SGEN CFDT, …) n'auront pas pesé lourd ou seront venues trop tard. Peut-être fallait-il cependant une loi pour donner un signal fort contre le risque communautariste et prosélyte fondamentaliste, ou encore, et c'est ce qui fera que beaucoup d'entre nous seront finalement favorables à cette interdiction des signes religieux ostensibles à l'école publique, pour soutenir l'émancipation des jeunes filles et des femmes d'origine musulmane qui refusent le port du voile que tente parfois de leur imposer leurs famille et milieu. Nous ne pouvons qu’y être sensibles quand nous questionnons de notre côté l’Eglise catholique sur son propre rapport aux femmes et aux questions de sexualité. Peut-être était-il bon aussi que des catholiques rédigent un manifeste pour redire, compte tenu du passé difficile de leur Eglise sur le sujet, leur attachement à la laïcité (voir l'observatoire chrétien de la laïcité créé par plusieurs associations du réseau Parvis et les questions qu’il suscite parmi nous -voir pièce jointe-). Mais une réaffirmation solennelle des grands principes de laïcité ne suffira pas, notamment si l'intégration sociale des immigrés d'origine maghrébine et de leurs enfants et petits enfants ne s'améliore pas. Nous nous interrogeons ainsi avec Alain Gresh dans Le Monde Diplomatique d'Août 2003. "Sont-ce quelques dizaines de filles portant un foulard dans les établissements scolaires qui menacent ce pacte ? Ou les inégalités, les discriminations, les ghettos, le chômage, toutes ces friches exclues des « réformes » ?". Voir son article: Apaiser la question religieuse pour poser la question sociale. Aux origines des controverses sur la laïcité (article très intéressant retraçant la genèse de la loi de 1905). Concernant l'aspect culturel, si l'on ne veut pas favoriser un dangereux refoulement du religieux, avec tous ses risques de régression intégristes et fondamentalistes, n’est-il pas nécessaire de prendre d'autre initiatives: - développer davantage l'enseignement des « faits religieux » à l'école publique, afin notamment que les « religieux » n'aient pas le monopole du discours sur la religion. - pour les croyants, relire de façon critique nos diverses traditions, et faire le tri entre ce qui est éternel, au cœur du message que nous portons, et ce qui est contingent et accessoire, lié à un moment historique et culturel donné, et peut ou doit en conséquence être réformé pour s'adapter à d'autres temps. - développer le dialogue inter religieux, et entre croyants et non croyants, sur nos raisons de vivre, en soutenant les initiatives concrètes déjà existantes. Croyants en liberté Sarthe, association loi 1901 indépendante, organisant la plupart de ses rencontres dans des lieux laïques, est un des lieux disponibles pour ces échanges.
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